Di sak na pou di

“La Montagne” s’est éteinte

Témoignages.re / 15 mars 2010

Sa voix grave et chaleureuse accompagnait nos 20 ans, alors qu’il en avait tout juste le double, mais ses chansons engagées étaient déjà des classiques.
Nous étions à l’âge de la révolte. Lui, Jean Ferrat, il s’était déjà révolté et militait pour la liberté, l’équité et la fraternité, aux côtés des communistes qui l’avaient sauvé quand son père, émigré russe juif, croupissait à Auschwitz. Rien d’étonnant à ce qu’il devienne fou d’Aragon. Il met en musique “Les yeux d’Elsa”, mais c’est son interprète qui lui apporte le début de la reconnaissance. Bien plus tard, il consacrera aux textes du poète, qu’il servira lui-même, deux albums entiers, “Que serais-je sans toi ?” et “Heureux celui qui meurt d’aimer”, un hommage renouvelé à deux décennies d’intervalle.
Mais auparavant, c’est avec “Deux enfants au soleil” qu’il triomphe, grâce à des mots de tous les jours et en prêtant sa plume à d’autres voix, féminines. Avant de connaître la consécration avec “Nuit et brouillard” et “Potemkine” et l’interdiction à la radio. Trop engagés ! Il continue de dénoncer, même ses “Camarades”. Tout en continuant à soutenir les fronts de gauche, les contestataires, les écologistes, avec notamment “La Montagne”.
Ses chansons sont récompensées par des Prix prestigieux, mais il se fait de plus en plus discret, retiré dans sa campagne, loin d’autres campagnes bruyantes.
Jean Ferrat s’en est allé, quelques jours après la Journée de la Femme qu’il avait tant célébrée, comme dans “Que serais-je sans toi ?” ou “La femme est l’avenir de l’homme”. Il nous manque déjà, tout comme sa moustache de mousquetaire, comme nous manque toujours un autre grand, Ferré, mais leurs chansons nous resteront toujours. Pour tout ce qu’il a apporté à notre mémoire collective, nous nous devions de le remercier.
Il faisait partie des chanteurs que j’aime comme Charles Aznavour et Juliette Gréco ou que j’ai aimés comme Edith Piaf, Léo Ferré, Gilbert Bécaud, Georges Brassens, Luciano Pavarotti, etc. Il avait une voix d’or. J’ai toujours été en extase en l’entendant chanter. Mon intérieur vibrait. Il m’interpellait sans cesse. Il a été constamment près des pauvres. Une voix d’une autre génération s’est éteinte. Il fait partie de notre patrimoine d’intérieur et d’extérieur. Sa voix restera toujours présente en nous. Si nous avons un moment de cafard, d’interrogation, Jean Ferrat, là où il est, sera toujours une référence.

Marc Kichenapanaïdou


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