Di sak na pou di

La pitoyable fin de GERRI

Témoignages.re / 30 janvier 2013

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GERRI, c’est fini. Didier Robert, le Président du Conseil régional, vient de l’annoncer, la collectivité qu’il dirige se retire du projet GERRI. Pour mémoire, GERRI, c’était « le premier enfant du Grenelle de l’Environnement », comme disait Jean-Louis Borloo lorsqu’il était Ministre de l’Écologie. Effectivement, le 25 octobre 2007, Nicolas Sarkozy, devant un parterre de personnalités dont Al Gore, clôturait le Grenelle en s’exclamant : « Et je vous annonce que dès 2008, nous engagerons le programme Réunion 2030 » . Seul territoire nommément cité par le Président, La Réunion devait incarner l’innovation et l’excellence écologique.

Le Secrétaire général aux Affaires régionales de la Préfecture, Jean Ballandras, rédigeait alors un programme dans lequel il évoquait un « New Deal écologique et économique » et même « une révolution sociétale » dont l’ambition était, selon lui, «  comparable à ce qu’ont été en leur temps le Centre Spatial Guyanais et le Centre d’Expérimentation du Pacifique » . Avec GERRI (pour Green Energy Revolution Reunion Island), il s’agissait de faire de La Réunion « le premier territoire au monde où la totalité des déplacements se fera sans recours aux énergies fossiles ». Politiquement, il s’agissait surtout pour le gouvernement de faire pièce au projet d’autonomie énergétique défendu par Paul Vergès en obligeant la Région à entrer dans un partenariat avec l’État.

Mais très vite, il est apparu que GERRI, sans financement, ni véritable projet politique de développement, n’était qu’une coquille vide. Même le programme d’expérimentation de véhicules électriques lancé en janvier 2010 par Nicolas Sarkozy à La Réunion devant les patrons de grands groupes industriels (Renault, EDF, Groupe Hayot, etc.) est un cuisant échec. Au final, au lieu des 50 voitures électriques prévues, il faudra se contenter de 15 Kangoo et 3 Fluence ZE achetées par des collectivités. Véhicules qui émettront plus de CO2 que les moteurs thermiques puisque l’électricité réunionnaise est pour l’essentiel issue de ressources fossiles importées. C’est donc la fin d’une écologie conçue par des experts et des technocrates comme un gadget technologique que l’on tente de vendre à l’opinion publique par un discours grandiloquent, totalement coupé des réalités réunionnaises. La décision du Conseil régional était cependant prévisible depuis le changement de majorité en 2010. Les liquidations successives de la recherche en géothermie, du tram-train ou de GERRI ont constitué les étapes obligées d’un programme bien précis, l’enterrement de 1ère classe du rêve d’autonomie énergétique de La Réunion. Avec une nouvelle route du littoral à 2,7 milliards d’euros pour 12 km, 800.000 véhicules sur les routes en 2020 et une nouvelle centrale thermique au Port-Est, c’est au contraire la dépendance énergétique qui va s’accentuer fortement et alourdir la facture des importations. Six ans après l’ivresse du Grenelle de l’Environnement, aujourd’hui, c’est plutôt la gueule de bois.

Jean-Pierre Marchau


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