Di sak na pou di

La politique “sécuritaire” n’est pas la sûreté républicaine

Témoignages.re / 20 août 2010

Des événements de l’actualité réunionnaise doivent alerter notre citoyenneté en ce qu’ils confirment des craintes justifiées sur les menaces pesant sur nos droits et libertés.

D’une part, l’on voit une élue de la municipalité de Saint-Denis approuver sans réserve la politique sécuritaire du pouvoir s’appuyant sur le développement de la vidéosurveillance et annoncer de nouvelles dépenses municipales en ce sens. Cependant, alors que le thème de la sécurité publique est exploité au plus haut niveau de l’État à des fins manifestement politiciennes et électoralistes, l’échec de la politique du tout sécuritaire apparaît partout évident, tandis que l’on réduit le nombre de fonctionnaires de police et les actions de prévention. Or, la vidéosurveillance ne saurait y remédier. Certes, le sentiment de sécurité peut ponctuellement augmenter mais c’est une illusion car toutes les études montrent que cela ne fait pas diminuer la violence, cela la déplace. C’est un moyen aussi coûteux qu’inefficace, mais aussi attentatoire aux libertés dans un contexte de fichage généralisé des “populations”. La Ligue des droits de l’Homme dénonce une nouvelle fois cette dérive contraire aux valeurs de la République et rappelle qu’elle a sollicité en vain, de plusieurs élus et responsables, un véritable débat public sur ces questions.

D’autre part, l’incident regrettable qui s’est produit devant la grande Mosquée de Saint-Denis, dans ce contexte, démontre davantage l’instrumentalisation du thème de la sécurité par la mise en scène de la violence policière. Sans cautionner en quoi que ce soit l’attitude du jeune homme mis en cause, qui paraît être à l’origine de l’incident, on peut en effet légitimement s’interroger sur les moyens disproportionnés employés par la police.

Lorsque le président de la République lui-même propose désormais de créer deux catégories de Français en distinguant ceux qui seraient “d’origine étrangère”, lorsque l’on voit stigmatiser par les représentants de l’autorité publique les ROMS, les gens du voyage et les immigrés comme des communautés délinquantes, lorsque la police est placée sous l’autorité d’un ministre condamné pour propos racistes, l’on ne saurait prendre à la légère à La Réunion l’incident qui s’est produit à Saint-Denis, à la sortie de l’édifice de culte musulman en ce début de ramadan.

Sur ces différents sujets, illustrés par notre actualité locale, la Ligue des droits de l’Homme appelle les Réunionnais à la vigilance, à la réflexion et à l’action citoyenne. Tout laisse apparaître, selon l’expression d’un haut magistrat, que nous sommes entrés dans un “État-limite” qui nous éloigne, par pas successifs, de l’idée que nous nous faisons de la République et de la France.

Ligue des droits de l’Homme de Saint-Denis


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