Di sak na pou di

La Possession aborigène : mémoire oublieuse – mémoire paresseuse

Courrier des lecteurs de Témoignages / 28 avril 2015

« Sovereignty Dreaming » (La révolte des rêves), de Vanesse Escalante, présenté lors de la soirée de soutien aux Aborigènes d’Australie à La Possession est un film très intéressant et respecte assez bien le portrait de la culture Aborigène. Il précisait en particulier l’aspect enfouissement des déchets nucléaires dans les sols ancestraux des terres sacrées et la lutte des Aborigènes pour faire respecter leur « land ». Il faudrait le revoir non pas en plein air où les conversations sont libres lors de la présentation et peuvent gêner la concentration exigée pour le lire en version sous-titrée. Il faut pouvoir apprécier le film dans d’autres conditions surtout pour l’excellente bande originale de Géraldine Rué.

Il apparaît que le débat était plutôt centré sur « l’incinérateur » que sur le sort des Aborigènes et durant la projection du film, circulait une pétition destinée à recueillir des signatures. Peut-être que la pertinence aurait voulu que si l’intérêt de la mairie de La Possession soit portée sur l’écologie, chose respectable, qu’il fallait alors communiquer aussi sur le samedi 2 mai en fin d’après-midi à l’Ecole d’Architecture du Port, pour suivre l’Ecole du jardin Planétaire qui organise une conférence sur la Biodiversité des sols, avec Claude et Lydia Bourguignon, biologistes des sols : « La diversité biologique des sols, son évolution à travers le temps, ses intérêts et enjeux sur les écosystèmes et l’avenir de l’humanité. » En tout cas, aurait-on séparé les deux sujets.

On notera qu’en attendant la présentation du film documentaire, principal intérêt de la soirée, un slogan de l’Association Initiative Dionysienne (AID) projetait en créole sur l’écran « OUV ZOT ZIÉ, RÉZIST ». On ouvre alors nos yeux et qu’est-ce qu’on voit ? D’abord on ne voit pas le lien entre la ville de La Possession avec notre voisin de la grande terre en insistant sur un possible partenariat. On a été spectateur. Daniel Waro, pour clôturer la soirée a rappelé au public, que s’il aimait bien faire la fête lorsqu’il chante, il faudrait aussi qu’il écoute ses paroles. On peut-être d’accord avec cela comme on peut-être aussi d’accord pour ouvrir les yeux, pour éviter de faire des amalgames.

Se fier à un film c’est aussi accepter son autorité. Tout se passe dans le point de vue du réalisateur qui reste subjectif. Le “cadrage” forme une opinion. Personne ne peut accepter de voir une arrestation musclée d’une minorité par une force répressive policière ou militaire majoritaire surtout lorsque nous n’avons aucun outil critique pour évaluer ce que nous voyons sur l’écran. Nous sommes dominés par l’émotion. Il suffit d’ailleurs simplement de faire allusion à l’émotion pour atteindre la popularité et nous faire vibrer. Dans le cadre d’un soutien, on aurait souhaité la présence d’un Aborigène et lui permettre un dialogue avec les Possessionnais. Surtout sur la question identitaire posée dans le film qui peut trouver un écho et une nuance particulière à La Réunion notamment sur le vivre ensemble : « ALL OF US » MADE IN REUNION ISLAND.

À La Possession, la mémoire est oublieuse – la mémoire est paresseuse. On peut raisonnablement penser que la construction des territoires de la culture vivante doit déroger en général aux simulacres de culture que veulent habiller le politique et la société de spectacle. La culture vivante doit donner libre cours à sa plus haute capacité de mutation insaisissable par l’œil du politique. C’est peut-être cela qu’il fallait retenir de ce film émouvant qui mérite un très grand respect.

Alain Noël, artiste peintre Possessionnais
Président de l’association ALIPA


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