Di sak na pou di

La priorité à droite

Témoignages.re / 28 avril 2010

Une loi va être votée dans la précipitation, comme si la patrie, en danger, devait faire face à un péril imminent : le voile intégral va être interdit. Pour moi et j’espère pour d’autres femmes qui luttent afin que nos droits soient respectés, beaucoup d’autres urgences auraient pu faire l’objet d’une loi.
En 2010, les écarts de salaire entre hommes et femmes existent encore, le slogan « à travail égal salaire égal », principe élémentaire de justice, n’est toujours pas appliqué dans un pays qui a généreusement accordé le droit de vote aux femmes en 1947, après 2 guerres mondiales et des revendications féminines importantes.

Ensuite, la représentation équitable de la moitié de la population dans toutes les instances de la vie sociale et politique est à revoir. On compte sur les doigts d’une main les femmes cadres de haut niveau au sein des entreprises, les maires qui peuvent être mères, les députées, les conseillères générales, les adjointes dans les municipalités, et la prochaine réforme territoriale relèguera aux oubliettes la fameuse parité si fragile. Si nous déplorons depuis des années l’oubli des droits des femmes au travail et au sein de la classe politique, il nous faut aussi rappeler que depuis la formidable avancée due à la loi Veil en 1975 sur le droit à l’avortement et à la contraception, des contre-offensives sont sournoisement menées par ceux qui voudraient restaurer une société rétrograde vis-à-vis du rôle des femmes.

Les centres de planning familial sont menacés alors que leur existence est fondamentale pour que les jeunes filles s’approprient leur sexualité et leur droit à la grossesse désirée. Les cours d’éducation sexuelle ne font pas encore partie intégrante du programme scolaire au même titre que les maths et le français. Les enfants ont un corps et un cerveau, il faut les aider à bien connaître le fonctionnement des deux. Les grossesses précoces et les actes pédophiles pourraient être évités si chaque petite fille, chaque petit garçon découvrait au fur et à mesure de sa croissance les métamorphoses et les possibilités de son corps pour pouvoir en disposer en toute liberté. Je pense notamment à des films pédagogiques canadiens qui dénoncent parfaitement les agressions pédophiles.

De même, cet apprentissage de la vie fait depuis le plus jeune âge déboucherait sur la tolérance et le respect de l’autre, et peut-être pourrions-nous éliminer en partie les violences faites aux femmes qui sont loin d’être une fatalité. A quand une éducation au respect, à l’école et bien sûr une loi cadre sur les violences qui montrerait le désir du gouvernement, désir exprimé par le candidat Sarkozy avant son élection, de mettre fin à ces comportements indignes d’une démocratie ?

Il faut croire que 2.000 femmes voilées (c’est le chiffre cité) posent un problème intolérable à la France. Mon propos n’est pas de déplorer ou approuver le port du voile, si les femmes qui le portent le font en toute liberté, par choix personnel, par conviction religieuse, cela est leur affaire et la tenue vestimentaire est une liberté à respecter. Nous voyons bien certaines jeunes filles assez dénudées qui revendiquent de pouvoir montrer nombril et string à tout un chacun.

Faire une loi à toute vitesse dans un pays touché par la crise, où le nombre de chômeurs augmente, où la précarité de vie et d’emploi devient un mode de fonctionnement, relève d’une manœuvre maladroite pour faire oublier les résultats désastreux pour l’UMP aux Régionales (sauf à La Réunion, hélas).
Comment les policiers vont-ils procéder ? Vont-ils poursuivre arme au poing la personne voilée et la plaquer au sol pour relever son identité ? On a de la peine à imaginer la scène, mais il n’est pas difficile d’imaginer le ressenti de la femme ainsi interpellée et humiliée dans la rue comme une vulgaire criminelle. Est-il judicieux dans une France multiraciale de stigmatiser les fidèles d’une religion ? Est-ce que cette attitude rigide n’entrainera pas un radicalisme de la part de ceux et celles qui la subiront ?

Monsieur Sarkozy espère-t-il monter dans les sondages en alimentant les discours de comptoir sur l’identité nationale ? Ce qui est important, c’est de vivre ensemble, de travailler ensemble à améliorer son quotidien, mais quand le maintien du bouclier fiscal est considéré comme un fondamental, il y a du souci à se faire sur la suite des évènements.

Marie-Hélène Berne


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