Di sak na pou di

La pyramide inversée

Témoignages.re / 9 avril 2013

Le récent courrier de Brigitte Croisier « Oh ! La France… » nous invite fortement à réfléchir sur la magie réunionnaise du mot “Métropole”, dans son rapport de « dépendance coloniale, néocoloniale ou postcoloniale » qu’il peut sous-entendre, « quand là-bas prend la place d’ici », quand la majuscule Métropole triomphe devant la minuscule commune.

Cette réflexion vient bien à point, au moment où le gouvernement annonce que le projet de loi sur la réforme territoriale devant primitivement être « bouclée » à l’Assemblée nationale fin mai le serait, en fait, à la fin de l’année 2013, par une scission en trois étapes.

La première, dit le Premier ministre, sera consacrée aux métropoles, aux grandes métropoles et aux grandes villes ; la deuxième qui sera débattue en octobre concernera les régions ; la troisième « se consacrera aux solidarités territoriales, qui concernent notamment l’avenir des départements, l’avenir des communes et des intercommunalités ».

La Ministre Lebranchu défend cette pyramide inversée, en considérant que métropoles et régions doivent être considérées comme « des moteurs de croissance et de compétitivité ». Certes, mais cela a de quoi nous inquiéter. Alors qu’on affirme depuis 1982 qu’aucune collectivité n’a pouvoir sur l’autre, s’installe de fait la puissance des mégapoles européennes jusqu’aux régions, et leur pouvoir sur les petits que nous sommes au nom de l’économie-monde.

Pouvoir de l’économique au détriment du social ; organisation planifiée et systématique de la ségrégation ; gestion technocratique échappant à la compréhension des citoyens.

En dix ans, nos politiques effacent la loi Joxe-Baylet de 1992 sur les communautés de communes et de villes, ainsi que la loi Pasqua de 1999 « sur l’aménagement du territoire et l’émergence des pays ».

L’Adels pouvait dire à cette époque : « La Nation est en train de se refaire par le bas, provoquant l’initiative et l’émergence de projets, dans une approche citoyenne ».

Oui, la pyramide, par nature ascendante, à partir des « mille france qui font la France », comme disait Fernand Braudel, et montant vers sa pointe est effectivement inversée, au mépris du principe de subsidiarité.

Espérons que nos élus locaux, et surtout députés et sénateurs, se réveillent en voyant le danger (déjà pour eux-mêmes…) de cette simplification mortelle de la politique qui voudrait produire une unité là où devrait s’affirmer la diversité.

Et surtout, pitié pour nous, citoyens : que les débats sur cette réforme territoriale ne soient pas pollués par les problèmes arithmétiques de la conservation ou de la conquête du Pouvoir.

Marc Vandewynckele


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