Di sak na pou di

La réforme de l’APA, les personnes âgées inquiètes !

Témoignages.re / 14 août 2010

Le président de la République a confirmé son intention d’engager le chantier de la prise en charge de la dépendance, lors de son dernier entretien à la télévision. Il s’agissait d’un de ses engagements majeurs à l’élection de 2007. Mais l’ambition de l’époque consistant à créer le “5ème risque” englobant les personnes en perte d’autonomie, se réduit aujourd’hui au volet financement concernant les personnes âgées dépendantes.

Dans le rapport de la commission des Affaires Sociales de l’Assemblée nationale, présenté par Mme Rosso-Debord, rendu public le 23 juin 2010, les propositions formulées ont de fortes chances de nourrir les orientations du gouvernement.

Trois propositions de ce rapport attirent notre attention puisqu’elles vont à l’encontre des intérêts des personnes âgées de La Réunion et de leurs familles : l’obligation de souscrire à une assurance individuelle contre la perte d’autonomie, la récupération sur le patrimoine des sommes versées au titre de l’allocation personnalisée à l’autonomie (APA) et le recentrage de l’APA sur les personnes les plus dépendantes.

Le fait de rendre obligatoire le recours à une assurance prévoyance individuelle dès 50 ans, le gouvernement met un terme au caractère universel de l’APA, en s’opposant au principe de solidarité générale qui s’appuie sur un financement public. Toutefois, si cette solution est retenue par le chef de l’État, l’association VOLONTE 974 souhaite une assurance qui respecte les fondements de la sécurité sociale, et une protection des salariés, en cas de faillite de l’assureur ou lorsqu’ils font l’objet d’un licenciement ou d’une difficulté financière.

L’autre préconisation qui nous interpelle, c’est la création d’un droit d’option à l’APA à destination des demandeurs ayant un patrimoine d’une valeur au moins égale à 100.000 euros. Certes, le projet préconise un choix entre une allocation réduite à moitié, sans recours sur succession, et une allocation à taux plein, pouvant être récupérée sur la succession future jusqu’à hauteur de 20.000 euros. Une grande majorité de personnes âgées propriétaires de leur maison sont concernées par ce faible seuil de 100.000 euros. Mais, dans la pratique, un sentiment de culpabilité à faire porter la responsabilité à leurs enfants, risque de décourager nos gramounes. De plus, l’expérience de l’ancienne prestation spécifique dépendance (PSD), basée sur la prise en compte du patrimoine, avait montré une diminution de la demande de la part des personnes âgées.

VOLONTE 974 réfute également l’idée de recentrer l’APA sur les personnes âgées dépendantes. Cette proposition réduirait le nombre de bénéficiaires, ce qui aurait des conséquences fâcheuses au niveau de l’emploi dans le domaine des services à la personne. La Réunion n’a pas encore cicatrisé la douloureuse liquidation de l’ARAST à la fin de l’année dernière. Par ailleurs, l’absence de prise en charge des GIR 4 (personnes les moins dépendantes) risquerait de basculer ces personnes dans la plus grande dépendance, surtout que les outils de prévention sont très insuffisants.

Les 12.600 bénéficiaires de l’APA à La Réunion et leurs familles, les salariés de 50 ans et plus, ainsi que les professionnels intervenant auprès des personnes âgées, ont tout intérêt à se faire du souci avec la nouvelle réforme de l’APA, axée notamment sur la récupération des sommes versées sur le patrimoine des allocataires et la nouvelle assurance obligatoire pour financer le dispositif. Le rapport Rosso-Debord qui devrait inspirer la politique gouvernementale sur la dépendance des personnes âgées comporte des dispositions inquiétantes eu égard à la remise en cause de l’esprit de solidarité à la française. Ces propositions n’apportent aucune véritable réponse aux besoins des personnes âgées de notre île, qui dans la grande majorité ne perçoivent que le minimum vieillesse ou de petites retraites.

Jean Daniel Dennemont
VOLONTE 974
Volonte974@yahoo.fr


Kanalreunion.com