Di sak na pou di

La Réunion est-elle une zone de non-droit ?

Témoignages.re / 16 août 2010

Lettre ouverte à M. Luc Chatel, ministre de l’Éducation Nationale et porte-parole du gouvernement à La Réunion les 18 et 19 août prochains.

Le préfet Girod de Langlade, chargé des États généraux d’Outre-mer, a été mis à la retraite d’office et écopé d’une amende de 1.500 euros à la suite des propos racistes tenus dans l’aéroport d’Orly « on se croirait en Afrique ici ». Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux a d’emblée déclaré à la presse qu’il ne saurait tolérer que de tels propos puissent être tenus sur le sol de la République et encore moins par un représentant de l’État. Il a lui-même écopé d’une amende de 750 euros peu de temps après pour avoir déclaré à propos des Français d’origine maghrébine : « tant qu’il y en a qu’un ça va, c’est quand ils sont nombreux que ça pose problème ».
Ici, à La Réunion, au cours d’une procédure judiciaire, un professeur déclare, pour s’expliquer sur les chefs d’accusations d’agressions sexuelles sur mineures dont il fait l’objet : « Je suis blanc, et, de toute façon, ici, c’est tous des nègres et toutes des p… ». Il a été condamné par le tribunal correctionnel à cinq mois de prison avec sursis, une obligation de soins et 1.000 euros d’amende pour agressions sexuelles, mais rien à l’encontre de ses propos racistes.
Or, la France dispose d’un arsenal juridique dense pour condamner le racisme : de la loi du 29 juillet 1881 à la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout propos raciste, en passant par la loi de 1972 sur la lutte contre le racisme, le code pénal est irrigué de dispositions qui répriment le racisme.
Il condamne l’injure raciste, l’incitation à la haine raciale, la discrimination, la diffamation, la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ainsi que l’apologie et la contestation des crimes contre l’humanité.
L’affirmation ici proférée est incontestablement outrageante, sinon méprisante pour les personnes qu’elle vise, car en plus de proclamer la supériorité d’une origine ethnique sur une autre, elle établit un lien de causalité direct entre l’insulte et l’origine et le sexe des personnes visées. Ces propos ont, de plus, été tenus au cours d’une procédure judiciaire et avaient donc vocation à être rendus publics lors de l’audience, ce qui s’est produit. Ce professeur a, en outre, un lourd passif judiciaire : agressions verbales envers certains de ses élèves et collègues féminines, étude d’un texte à caractère pornographique et violent à des élèves de seconde…
Le racisme n’a-t-il pas la même définition ici qu’en Métropole ? Ou est-ce le code pénal qui ne s’applique pas de la même façon ici qu’en Métropole ?
Des hauts fonctionnaires représentants de l’État sont punis d’une sanction disciplinaire et pénale pour “injures raciales”, mais à La Réunion, un professeur de l’Éducation Nationale serait-il au-dessus des lois ?
De plus, en dépit de tous ces agissements, aucune mesure n’a pour le moment mis en cause la capacité et légitimité de ce professeur à enseigner.
Est-il digne de la confiance que lui témoignent les parents d’élèves et l’Éducation Nationale en lui confiant la formation des adultes de demain ? Les propos qu’il a tenus ne sont-ils pas contraires aux valeurs républicaines que l’Éducation Nationale entend inculquer à nos enfants ?
Par le passé, être “blanc” conférait des droits supplémentaires sur notre territoire, y compris sur le plan sexuel. Ce système inhumain et barbare, qui a duré plus de la moitié de notre histoire, a fini par être reconnu par la République Française, en 2002, “crime contre l’humanité”.
Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. Ne rien faire, c’est cautionner.
Puisque la justice est rendue au nom du peuple français, nous demandons à ce que la sanction à l’encontre de ce professeur soit à la fois disciplinaire et pénale, telle que prévue par les lois républicaines.

Le collectif Non au racisme ! Respekt a nou !


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