Di sak na pou di

La Réunion existe-t-elle ?

Témoignages.re / 30 mai 2011

Depuis quelques jours, il est beaucoup question des visas pour l’entrée à La Réunion de touristes venant de pays autres que l’Europe, notamment de la Chine. Il y a eu des déclarations, des communiqués, des communiqués sur les communiqués… le tout ne permettant pas d’avoir une réelle vision de la situation. Mais qui, en revanche, aboutissant à une seule conclusion : La Réunion n’existe pas en tant que telle.
Les objectifs de développement touristique sont souvent mis en avant par la Région et bien évidemment par l’IRT. Avec comme moyens d’y parvenir, la « diversification des marchés émetteurs ». Autrement dit, la possibilité d’accueillir des touristes venant de pays pour l’instant peu pourvoyeurs de touristes. Mais depuis des lustres, c’est la question des visas qui est posée et qui n’a jamais trouvé de solution.
Par exemple, l’arrêté du 14 décembre 2009 « relatif aux documents et visas exigés pour l’entrée des étrangers sur le territoire des départements d’outre-mer français et des collectivités de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin et de Saint-Pierre-et-Miquelon » accorde des facilités pour les touristes étrangers voulant se rendre… aux Antilles. Une vignette portant la mention “DFA” (Départements français d’Amérique) avait été mise en place. Donc, depuis 2009, les touristes venant des Antilles autres que françaises (Anguilla, Tortuga, Grenade, Saint-Vincent, les Grenadines, Trinité et Tobago…).
Jamais, il n’y a eu pour La Réunion, la prise d’un tel arrêté pour des touristes venant de Madagascar ou d’Afrique du Sud. Pourtant, les demandes avaient été faites depuis des années. Pourquoi les autorités françaises continent-elles à ignorer La Réunion ?
Cet arrêté a été pris après que le Premier ministre François Fillon, en visite à La Réunion en juillet 2009, annonce qu’il allait engager « une démarche auprès de la Commission européenne pour l’entrée de La Réunion dans l’espace Schengen ». Et l’on attend toujours. Encore une fois, La Réunion est ignorée.
Maintenant, il est question de la Chine. Un marché émergent, prometteur sur lequel lorgnent de nombreux pays. Ce fut le cas de la France qui depuis quelques années, n’a cessé de nouer des relations commerciales, industrielles et touristiques. Tous les indicateurs montraient que certains touristes chinois pouvaient beaucoup dépenser à l’étranger. Ces prévisions se sont confirmées : en 2010, le volume total des marchandises hors taxe achetées par les touristes chinois en France a atteint 650 millions d’euros.
Mais bien avant cela, La Réunion a toujours eu des liens avec la Chine, du fait de l’origine d’une partie de la population. Accords formels ou informels. Avec un objectif : la création d’un consulat de Chine à La Réunion et un souhait : la facilitation de l’obtention des visas.
Pourquoi les autorités françaises ont-elles mis autant de temps pour appuyer cette démarche légitime des Réunionnais d’obtenir un consulat de Chine dans l’île ?
Aujourd’hui, après des années et des années d’incessantes luttes, il y a bien un consulat de Chine à La Réunion. Il n’en reste pas moins vrai que la 2ème question, celle des visas, n’est, elle, toujours pas réglée. Si les Réunionnais ont plus de facilité pour partir en Chine, c’est toujours l’arrivée de touristes chinois dans notre île qui est problématique.
La Préfecture a indiqué, il y a quelques jours, que tout touriste, venant notamment de Chine pouvait entrer sur le territoire réunionnais s’il avait un visa Schengen, la “vignette outre-mer” (“mention : valable pour France sauf CTOM”) n’étant plus nécessaire. Tout du moins c’est un vœu. Car pour l’instant, sur les sites gouvernementaux français (diplomatie.gouv.fr par exemple), il n’est nullement fait mention de cette possibilité ou de cet assouplissement des textes.
Et s’il n’a pas de visa Schengen, car il ne souhaite pas séjourner en Europe, il faut à ce touriste chinois, passer en premier lieu par Maurice pour obtenir ce « sésame », ce qui lui permet, dans un deuxième temps d’arriver à Gillot où il obtiendra toutes les autorisations nécessaires.
Donc une fois de plus, avec la bénédiction du gouvernement français, La Réunion est oubliée, sciemment ignorée. Cela commence à faire un peu beaucoup.

Sandrine Manon


Kanalreunion.com