Di sak na pou di

La Réunion noyée dans “la vanille” ?

Témoignages.re / 31 mai 2011

Le ministre du Tourisme mauricien a annoncé en début de semaine son intention d’organiser un Sommet du Tourisme à Maurice, réunissant des pays de la SADC, de la COI et de la Chine.

L’objectif est « d’attirer les touristes de ce pays dans la région du Sud-Ouest de l’océan Indien ainsi que dans les pays de l’Afrique australe, en combinant les offres touristiques de ces différentes destinations, et en proposant des forfaits intéressants ».

Tiens donc, le concept “Iles Vanille” déborde largement du cadre insulaire… puisque ce sont les PAYS d’Afrique australe qui sont maintenant invités par Maurice à venir renforcer l’attrait de l’océan Indien. Et non plus les seules îles comme La Réunion.

« Dans un premier temps, les touristes chinois pourront étendre leur séjour à La Réunion et à Madagascar, en s’appuyant sur le concept “Iles Vanille”. Avant de le prolonger jusqu’en Afrique du Sud ou au Kenya, entre autres ».

Dont acte. On ne peut en vouloir aux Mauriciens de mener à bien leur stratégie de développement. Mais, en revanche, on ne peut que s’interroger sur cette annonce. Didier Robert est-il au courant de cette perspective ? Si oui, c’est d’une extrême gravité. Car cela éclaire toute l’opération d’une autre lumière. Et notamment, fait craindre que la venue de 6.000 visiteurs chinois en 2012, attendus à Maurice, ne se traduise, chez nous, que par un passage de quelques heures.

La Réunion va être larguée. Et rapidement.

Selon la presse mauricienne, Air Mauritius a annoncé le lancement inaugural du premier vol Maurice/Shanghai, avec escale à Kuala Lumpur, pour le 4 juillet. A terme, les Mauriciens comptent sur six dessertes Maurice/Chine par semaine, après les trois vols sur Hong-Kong et les deux vols sur Kuala Lumpur.

Air Mauritius compte proposer un septième vol très vite. En avril prochain, en marge du Nouvel An chinois, ils envisagent de mettre un vol sans escale. Dès octobre 2012, ils se disent prêts à mettre un deuxième vol sur Shanghai, avant de lancer une troisième liaison aérienne vers la Chine, cette fois pour Beijing.

Il y a donc lieu de s’inquiéter fortement. D’autant plus que les Mauriciens ont organisé, via Air Mauritius, des vols Maurice/Kuala Lumpur/Shanghai avec des… correspondances directes avec La Réunion, Madagascar et… l’Afrique du Sud.

S’il faut mettre en avant les attraits incontestables de La Réunion, pourquoi le séjour des touristes (notamment chinois) ne serait que de « quelques jours », pour reprendre les termes mêmes du communiqué commun Préfecture/IRT paru il y a quelques jours sur le sujet ?

Certains opérateurs mauriciens l’ont bien compris et le disent franchement : « Le concept “Iles Vanille” va rentrer exactement comme le produit de la région avec un trajet court entre la Chine et l’Île Maurice, et pour aucun coût, ils pourront faire un saut à l’Ile de La Réunion ou à Madagascar dans le même package aérien transfert hôtels » (Source : Grandbaie.mu).

La stratégie offensive ne s’arrête pas aux questions de vols : la Mauritius Tourism Promotion Authority a déjà recruté une personne maîtrisant le mandarin, et la totalité des opérateurs mauriciens organise des stages de formation en vue de disposer d’un personnel adapté à la clientèle chinoise.

L’offensive envers la Chine est tous azimuts : autre exemple. Selon “L’Express” de Maurice, « La Chine est le pays qui a attiré le plus grand nombre d’étudiants au Career World 2011 ». Maurice travaille avec la Chine pour accueillir des étudiants en médecine, car les études coûtent dix fois moins cher qu’en Europe. Et il y a des candidats. Ainsi, les relations entre Chine et Maurice, au fil des jours, se renforcent.

A La Réunion, on est à des années-lumière de tout cela. Didier Robert a-t-il réfléchi à la formation des personnels en poste à l’apprentissage du chinois ? Au recrutement de personnels parlant chinois ? Histoire de répondre à la future demande des futurs touristes chinois. Attend-il le dernier moment ? Y a-t-il au moins pensé ?

Il n’y a qu’à reprendre les propos du directeur de l’IRT pour se convaincre que la gestion de ce dossier du tourisme relève de l’amateurisme le plus basique. Il veut « mettre en place plusieurs combinés d’ici quelque temps ». Quelque temps… !

Quant aux actions ? La tenue d’un stand avec Maurice et les Iles Vanille… pour l’ITB Asia (Salon international du Tourisme) à Singapour. Et l’urgence ? Trouver des fonds auprès de la COI pour « financer un logo et une campagne promotionnelle ».

La même approximation des choses de la part de la ministre de l’Outre-mer, il y a quelques jours : « Nous allons offrir, dans le cadre du programme “îles vanille”, la possibilité aux ressortissants chinois, russes, indiens et sud-africains de se voir délivrer, dans un premier temps à titre expérimental, des visas à l’arrivée à l’aéroport de Gillot, s’ils viennent de Maurice ».

En passant par Maurice, en empruntant Air Mauritius. Et non Air Austral, compagnie régionale. Et dire qu’elle nous parle de « développement endogène ».

Kora-Ly Payet


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