Di sak na pou di

La structure muséale est-elle une réelle voix ou voie de l’amélioration de la construction de l’Homme Réunionnais ?

Témoignages.re / 18 juin 2011

« Ils rêvent à un destin qui les réconcilie
Avec leurs nostalgies des Indes et de l’Afrique
Avec leur héritage de France et de Navarre
Au large de Maurice et de Madagascar
Sous le dard du Scorpion, sous la garde d’Orion
Ils font la Créolie
Ils sont La Réunion »
Michel Levallois

Notre culture mérite et doit rester vivante. Elle doit s’exprimer dans la rue, les quartiers à travers les spectacles, les représentations théâtrales.
Je ne suis pas contre ces moyens d’expression culturelle. Au contraire, il faut les encourager fortement.
Mais que reste-t-il quand les rideaux des spectacles de Sakifo, des kabar(s), des concerts sont baissés, les projecteurs éteints ?
Comment les élèves, les jeunes, le Réunionnais, le touriste, les chercheurs, les étudiants mémorisent toutes ces épopées historiques qui ont marqué notre histoire ?
Comment connaître l’histoire du maloya ? Du séga ?
Quelle est la signification historique des noms que portent nos trois Cirques qui illustrent nos montagnes ?
Qui sont les marrons qui ont dit non à l’esclavage ?
Quelle signification historique a la date du 20 Décembre ?
Au-delà de la Fête kaf, quels sont les combats, les luttes qui ont rendu cette date fériée ?
Quel rôle a eu la langue créole dans la construction de l’identité réunionnaise ?
Où pouvons-nous voir les pratiques religieuses, les rites, les costumes, la culture populaire rurale ?
Les questions sont nombreuses, de par la richesse de notre histoire, notre patrimoine matériel et immatériel.

Notre histoire métissée, qui représente la vitrine de l’humanité de l’océan Indien, voire du monde, mérite d’être connue, racontée, illustrée, honorée, valorisée. C’est un modèle du savoir “vivre ensemble” avec comme force la diversité devenue aujourd’hui unité réunionnaise.
Notre histoire est restée trop contrôlée, voire rangée dans le placard du colonialiste esclavagiste. Il y a eu une forte volonté de la part de nombreux administrateurs coloniaux de vouloir cacher notre histoire. De nombreux objets, documents liés à notre histoire « passionnante et douloureuse » ont été volontairement détruits.
Il serait grand temps d’ouvrir toutes les vannes de notre culture réunionnaise pour que chaque Réunionnais puisse s’imprégner de son histoire et connaître ses racines, ses ancêtres.
Aucun arbre ne peut survivre sans ses racines.
La mémoire signe la santé d’un peuple tout en contribuant à panser les nombreux maux liés à notre passé « douloureux ». La mémoire est un repère. C’est aussi un géant qui nous porte sur ses épaules pour que les générations puissent voir les nouveaux horizons.

Ainsi, à l’heure « de la musée-mania » évoquée récemment dans la presse locale, les discours autour de la question de la reconnaissance de l’autre dans la différence montrent la considération que nous voulons accorder à la mémoire collective.
Derrière les préoccupations habituelles de sauvegarde des patrimoines se manifeste de plus en plus le besoin d’investir les mémoires collectives.
Les monuments ne suffisent pas à la reconnaissance de la mémoire, il faut des hommes, des visages, des dates, des mots, des gestes.

Et il devient urgent d’agir face à la mondialisation, de préserver notre capacité de transmission.
Musées industriels, musées des civilisations, musées d’art ou de traditions, cet instrument de la sauvegarde et de la préservation du patrimoine dans son ensemble jouera ce rôle didactique de rencontre et de faire voir.
Voir pour comprendre, voir pour apprendre et s’ouvrir sur l’autrui et sur le monde.
Cette rencontre avec l’autre peut se faire dans un musée.

Aujourd’hui, la diversité des cultures est partout présente dans le débat public. Si l’on souhaite sortir de la seule matrice culturelle occidentale des constructions sociales qui sont les nôtres, il faudrait une structure muséale pour valoriser et préserver la diversité de notre culture.
Ce musée serait un acteur social et chacun pourra découvrir la culture de l’autre à travers de nombreux supports.
Un musée qui relate notre histoire, l’histoire du peuple réunionnais, un musée qui porte la voix de toutes ces civilisations qui s’ouvrent sur la voie de la construction de notre identité, de l’Homme Réunionnais.
La connaissance de notre “péi” permettra à tous les visiteurs du musée de comprendre l’espace dans lequel il vit ; et dans la mesure où il a compris, il adoptera ainsi une vraie démarche citoyenne qui participe à l’aménagement de son territoire.

Aline Murin-Hoarau,
conseillère régionale


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