Di sak na pou di

Le 20 décembre 2009 célèbre les esclaves marrons

Témoignages.re / 23 décembre 2009

Unanimement, nos trois journaux de l’île ont choisi comme thème pour célébrer la fête de la liberté : le marronnage.
Les nombreuses associations et moi-même congratulons les journalistes qui ont éclairé une belle page de notre histoire à travers le marronnage. De plus en plus on parle d’esclaves marrons morts sans sépulture : « rendre hommage aux esclaves, marrons et engagés, c’est d’abord et avant tout leur accorder la place qu’ils méritent dans la société réunionnaise ».
On parle des Marrons comme les gardiens de notre histoire, de notre identité, de notre culture.
On reconnaît historiquement que les marrons en fuyant le ghetto côtier est un homme libre qui retrouve sa dignité, son individualité. C’est un sage qui sort des sentiers battus imposés pour trouver d’autres voies pour réfléchir à des solutions politiciennes adaptées à son milieu.
Il ne s’agit pas à travers l’histoire du marronnage d’oublier, d’ignorer l’esclave courageux resté sur le littoral qui a aussi contribué péniblement à l’édification de notre société et ceci dans des conditions aussi difficiles que le marron.
Avec le marronnage s’ouvre une page lumineuse de notre histoire qui au lieu de relater l’esclave, le Noir comme celui qui a toujours été vu comme la chose, l’objet du maître privé de parole, de liberté ; nos journalistes valorisent le Nègre, le Kaf en donnant la parole aux marrons qui représente l’esclave libre, qui se valorise par son courage, son esprit d ’entreprise ; c’est celui qui va servir de modèle, d’exemple aux Réunionnais notamment aux jeunes en diffusant le message suivant : la lutte, la résistance, l’espoir, la patience, la solidarité d’un groupe, la préservation de son identité, de ses valeurs ancestrales nourrissent, arrosent la réussite.
Félicitations aux journalistes qui ont écrit que Cimendef, Anchaing, Mafate, Phaonce... (des marrons malgaches) ont inscrit l’histoire non pas de l’esclavage mais du marronnage sur nos sommets. Des sommets qui respirent la résistance, la lutte, l’héroïsme.
Merci aussi à vous journalistes d’écrire la vérité scientifique en rappelant d’abord que le premier apport malgache est à l’origine même du peuplement de notre île.
Ensuite, les esclaves les plus enclins au marronnage étaient les malgaches. Ces marrons apportent « leur contribution à l’humanisation et à la domestication de l’espace réunionnais par la langue malgache. A travers la toponymie se dénotent les relations de l’habitat avec son milieu naturel et social, voire avec le cosmos. Des mots malgaches comme : Bémale, Bérive, Tan Rouge, Patates à Durand, Affouches... évoquent la vie d’hommes et de femmes dans ces lieux, dans leurs aspirations, leur lutte quotidienne pour la survie, mais aussi leurs joies et leurs victoires ». C. Rabesahala
L’histoire du marronnage signe une grande période historique rythmée sur notre maloya reconnu aussi comme patrimoine matériel et immatériel de l’Unesco.
Ce 2O décembre 2009 éclaire une partie de notre histoire souvent déniée, refoulée.
C’est en poursuivant avec tous les Réunionnais dans le respect de toutes les cultures l’édification commune de notre histoire partagée qu’on arrivera ensemble à la sauvegarder et à valoriser nos valeurs plurielles, notre patrimoine culturels et cultuels réunionnais.

Aline Murin-Hoarau


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