Di sak na pou di

Le 21 décembre 2012 : la fin d’un monde, le début d’une ère nouvelle

Témoignages.re / 27 décembre 2012

Sea Shepherd dépose un recours contre le Danemark devant la Commission européenne pour faire interdire le plus grand massacre de mammifères marins en Europe .

Depuis des siècles, le sang des « baleines pilotes » (globicéphales) qui croisent au large des iles Féroé (1) coule à flots. Le rabattage et l’abatage de ces familles entières de dauphins est appelé grindadrap.  

Sea Shepherd est engagé dans la lutte contre le grind aux iles Féroé depuis 1984 et a dépêché des navires sur place à plusieurs reprises (2).

Si ces massacres furent autrefois une nécessité pour la population féringienne, celle-ci jouit aujourd’hui d’un des niveaux de vie les plus élevés en Europe de qui elle reçoit par ailleurs d’importantes subventions. Du fait des très hauts taux de PCB et de mercure dans ses tissus, la chair des globicéphales est désormais déclarée impropre à la consommation humaine par le corps médical féringien lui-même. En effet, les taux de toxicité dépassent parfois d’un facteur 10 les limites imposées par la législation européenne. Pourtant, le grindadrap perdure et il est aujourd’hui le plus grand massacre de mammifères marins en Europe.

Les globicéphales doivent désormais composer avec toutes les menaces anthropiques modernes (surpêche, raréfaction de leur nourriture, pollution, acidification des océans, captures accidentelles, nuisances sonores liées aux activités militaires et tests sismiques). Cette espèce ne devrait plus avoir à endurer des massacres inutiles présentés comme traditionnels, mais qui n’en utilisent pas moins la technologie la plus moderne : bateaux à moteurs, jets skis, radars, téléphones portables (et même hélicoptère !) ont remplacé les barques et les signaux de fumée des siècles passés.

Alors que partout ailleurs en Europe, l’espèce est protégée et que tous les efforts sont faits pour limiter sa capture accidentelle, aux îles Féroé, des familles entières de globicéphales continuent d’être attirées vers les plages féringiennes pour y être mises à morts dans des conditions atroces. Du fait de leur intelligence complexe, de leur conscience d’eux-mêmes et de leur grande solidarité entre membres d’une même famille, ces animaux endurent des moments de stress et d’agonie indicibles dont la mise à mort n’est finalement que le dénouement. 

Extrait tiré du livre “Pilot Whaling in the Faroe Islands” de Joan Paul Joensen, aux éditions Faroe University Press (3) :

«  Avec de longues lances et des couteaux, ils utilisaient des crochets attachés à des cordes afin de maintenir les embarcations à une bonne distance de sécurité ; alors que le sang des baleines blessées coulait à flots, leur camarades ne les abandonnaient pas. Même s’ils parvenaient à atteindre les eaux claires, ils revenaient de nouveau, “cherchant le sang”. Les grandes baleines semblaient chercher à protéger les plus petites. Certaines, folles de douleur, se jetaient sur la berge où les attendaient les hommes (…) qui, couverts de sang, les poignardaient encore et encore avec leur couteau de grind, afin de sectionner leur épine dorsale (…). Finalement, ce fut terminé. Pas une seule baleine n’en avait réchappé. Une odeur chaude et lourde remplissait l’air, 286 baleines étaient étendues mortes sur la plage de Midvagur (…). Leur lèvres épaisses étaient retroussées en un sourire grotesque laissant paraitre leurs petites dents blanches. Là se trouvaient leur nageoire caudale et là — oh quelle peine à voir ! Étaient étendus près de leur mère de pauvres bébés baleines, nés dans l’agonie de la panique et de la mort ”.

Le grind est l’héritage d’une ère sanglante et barbare qui a fait son temps. 

Si nous ne sommes pas capables de mettre un terme à des massacres aussi cruels qu’inutiles, comment peut-on espérer enrayer les effets dévastateurs de nos modes de vie ultra consumériste, bien plus difficiles à modifier ? 

Aujourd’hui, l’humanité a le choix entre mûrir ou mourir. 

L’avènement d’une ère nouvelle, où la génération actuelle s’attacherait à ne pas détruire le monde que nous empruntons aux générations futures, commence par ici : reléguer le grind aux abîmes d’un passé révolu, mettre enfin un terme au plus grand massacre de mammifères marins en Europe. 

En laissant faire et même en assistant ces massacres, le Danemark auquel sont rattachées les Iles Féroé est en violation de trois conventions dont il est signataire et par lesquelles il s’est engagé à tout mettre en œuvre pour protéger cette espèce (4). A ce titre, Sea Shepherd porte aujourd’hui l’affaire au niveau de la Commission européenne afin de contraindre le Danemark à respecter ses obligations conventionnelles et à joindre les actes aux grandes déclarations de principe. 

Sea Shepherd tient particulièrement à remercier Maitre Sylvain Leroy, avocat au barreau de Bordeaux qui a travaillé bénévolement avec nous sur ce dossier.

Lamya Essemlali,

Présidente de Sea Shepherd France

(1) Archipel « autonome » sous protectorat Danemark

(2) http://www.seashepherd.fr/ferocious-isles/

(3) Les globicéphales bien qu’étant des dauphins sont traduits de l’anglais par « baleine ». 

(4) Convention de Berne, Convention de Bonn et ASCOBANS. Détails dans le dossier du recours. 


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