Di sak na pou di

Le bon sauvage, la brute et l’ombre

Frédéric Paulus / 5 septembre 2017

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Pouvons-nous imaginer attribuer le qualificatif de « bon » ou de « méchant » pour catégoriser notre ancêtre lointain lorsque nous nous serions progressivement différenciés des grands singes ? Pour effectuer une telle distinction entre le bon et la brute, ne faut-il pas au préalable une morale qui hiérarchise en valeur ce qui est bien et ce qui ne l’est pas ? Pour le ressenti donc la biologie, ce qui est bien fait du bien, du plaisir, ce qui est mal fait mal, de la douleur. Ce n’est pas subjectif la sensation. Pour chasser les mythes, au risque d’en créer d’autres, la science ne pouvant être d’aucun secours du moins pour l’instant, risquons-nous à quelques spéculations ! Elles seront tout de même étayées grâce à ce splendide ouvrage de Derek Bickerton, « La langue d’Adam » (2010). Cet auteur « paléo-linguiste » nous dresse une fiction plausible de l’émergence du langage parlé et articulé chez Sapiens.

Ses analyses s’approchent tellement de la vie réelle (et plausible) de nos ancêtres ! Tellement impliqués par identification, nous nous mettrions presque à ressentir, par empathie, ce que nos très lointains ancêtres pouvaient vivre : insécurisé, absence de logement climatisé par forte chaleur ou chauffé l’hiver, ni portable, ni ordinateur, ni télévision, ni congélateur évidemment. Ce qui changea leur vie fut le biface et autres outils de chasse. Avant ce grand bouleversement, ils attendaient que les bêtes carnassières et féroces s’éloignent pour s’alimenter de leurs restes de proies, des os, en extirpant la moelle.

Lorsque Cro-Magnon rencontra Neandertal, - le film de Jean-Jacques Anneau « La guerre du feu » nous en aura donné un aperçu - la perception des différences morphologiques apparut. Les réactions pouvaient être différenciées. Ne voyons-nous pas dans certaines familles ostraciser un enfant pour la couleur de ses yeux non conforme à celles de ses parents ? Certains cousins lointains se sont accouplés malgré ces différences, si nous portons bien des traces génétiques de ces « idylles » mythologisées !

Neandertal se serait engouffré dans l’impasse de la péninsule hispanique, atteignant la pointe de Gibraltar dans un non retour. Il se serait éteint sans que nous ayons trouvé les preuves de son extermination Et il ne pouvait pas lancer de message SMS, et à qui ?, de leur détresse consumée à petit feu.

Par contre, lorsque l’on s’interroge sur la barbarie humaine sans remonter à la nuit des temps, ce que le psychanalyste suisse, Carl G. Jung nomme « l’ombre », celle-ci apparaît, et pas seulement insidieusement, on pensera nazisme, fanatisme, colonialisme, esclavagisme, racisme… Ce qui relie toutes ces barbaries seraient leur rapport au langage et aux idéologies correspondantes pour dominer l’autre et en tirer profit. Henri Laborit disait « le cancer est dans le langage ! »

Frédéric Paulus – Cévoi