Di sak na pou di

Le chantier civique majeur

Témoignages.re / 17 mars 2012

« La mondialisation du capital financier est en train de mettre les peuples en état d’insécurité généralisée. Elle contourne et rabaisse les nations et leurs États en tant que lieux pertinents de l’exercice de la démocratie et garants du bien commun ». Ce que l’ancien directeur du “Monde diplomatique” dénonçait déjà dans son éditorial de décembre 1997, il y aura bientôt quinze ans, se trouve aujourd’hui amplement confirmé. Les Italiens et les Grecs ne viennent-ils pas d’en faire l’amère expérience, eux qui ont vu débarquer à la tête de leur pays deux anciens banquiers, MM Mario Monti et Lucas Papadémos, spécialement choisis à cet effet ? Car c’est désormais la haute finance qui décide de prendre en main ses propres affaires. En novembre dernier, sous la houlette du Président Nicolas Sarkozy et de la Chancelière Angela Merkel, la proposition de référendum de l’ex-Premier ministre grec Georges Papandréou sur la politique d’austérité dans son pays n’a-t-elle pas été délibérément écartée, entraînant la démission de ce dernier ? Et la crise financière n’est-elle pas devenue le prétexte idéal pour prendre toute une série de mesures visant principalement les mêmes catégories sociales, qui ne sont en rien responsables — mesures qui n’auraient pas été prises autrement : suppression systématique de milliers de postes de fonctionnaires (en Grèce, neuf départs à la retraite sur dix ne seront pas remplacés), diminution de leurs traitements et de la durée de leurs congés payés, braderie de pans entiers de l’économie au profit d’intérêts privés, remise en cause du droit du travail, augmentation des impôts indirects (les plus inégalitaires) et des tarifs des services publics, réduction du remboursement des soins de santé...

Tout est donc mis en marche aujourd’hui grâce à l’action conjuguée de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) pour un seul objectif : épargner les riches pour faire supporter le poids de la crise par les classes moyennes et les plus pauvres. Ces trois institutions parlant d’une seule voix, répercutée par l’ensemble des médias. Non, encore une fois, pour sauver l’Europe et le monde comme elles le prétendent, mais pour défendre pied à pied les intérêts des banques et des marchés financiers au risque de plonger les peuples dans le désastre.

A moins que, par un ultime et décisif sursaut, tous les citoyens du monde ne se réveillent pour prendre enfin en compte l’avertissement solennel lancé naguère par Ignacio Ramonet : « Le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique majeur si l’on veut éviter que le monde du siècle à venir ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront la loi ».

 Georges Benne 


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