Di sak na pou di

Le chariot-type : tout juste bon pour la ferraille !

Témoignages.re / 23 février 2010

Jusqu’en 1965, la Préfecture de La Réunion calculait un indice des prix de 15 articles. Un indice aux couleurs exotiques puisqu’il incluait le prix du "casque colonial" et du "mètre de drill kaki". Le riz ordinaire aussi quand même, ainsi que le snook et quelques autres articles du même acabit. Le caractère surréaliste de cet indice avait amené Marcel Cerneau, alors député, à faire pression sur le gouvernement pour que l’Etat installe une antenne de l’INSEE dans chaque DOM. Ainsi fut fait début 1966. Après avoir mené des enquêtes sur les budgets des ménages et organisé des relevés de prix systématiques, l’INSEE ne tardait pas à publier des indices mensuels plus fiables. Bénéficiant d’un transfert technologique permanent, les statisticiens locaux ont amélioré en continu un outil de plus en plus sophistiqué. Or, depuis octobre 2008, la Préfecture de La Réunion publie les résultats d’un chariot-type, version moderne du fantasmagorique « panier de la ménagère ». C’est un peu comme si on faisait faire de la chirurgie par des couturières au prétexte qu’elles savent manier les ciseaux pour découper, ainsi que le fil et les aiguilles pour recoudre. A ce que je sache, l’INSEE-Réunion existe toujours et calcule tous les mois un indice de haut niveau de fiabilité. Alors, à quoi rime ce chariot-type ? Quand on voit qu’on ajoute sans autre forme de procès le kilo de café moulu, au kilo de riz demi-luxe, de pâte d’arachide ou au litre de jus d’orange sans aucune pondération, il y a de quoi faire éclater de rires goguenards la totalité des statisticiens de la planète ! Par charité chrétienne… et par manque de place surtout, je m’abstiendrais d’énumérer le monceau d’énormités statistiques dont fait étalage ce malheureux chariot-type. Une indéniable bonne volonté ne suffit pas, et de loin, à compenser l’amateurisme total dont ce chariot-type est la démonstration flagrante. Seul aspect positif et rassurant : ce chariot-type ne sert à rien et ne servira jamais à rien, ni à personne. Alors, Monsieur le Préfet, faites mettre ce chariot à la ferraille, récupérez la pièce de consigne et faites-en un meilleur usage. Le citoyen contribuable que je suis et qui, quelque part, finance les activités de la Préfecture au travers de ses impôts, vous en sera fort reconnaissant. Faut-il que notre pays soit riche pour se permettre ce genre de fantaisies et tant d’autres !

Charles Durand - membre du comité citoyen974
Le Brûlé - Saint-Denis


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