Di sak na pou di

Le désastre annoncé des pique-niques sans limites

Témoignages.re / 20 janvier 2014

D’emblée, corrigeons fermement l’affirmation selon laquelle le pique-nique ferait partie des traditions réunionnaises. Désolé, mais quand je suis arrivé à La Réunion il y a une petite cinquantaine d’années le pique-nique n’était pratiqué nulle part dans notre île. Pas plus que les activités nautiques sur la côte Ouest. Et encore moins les randonnées, les sentiers des Hauts et de Mafate n’étant empruntés que par les habitants des ilets.

Le pique-nique dominical a pris son essor dans les années 1980 avec la généralisation de l’automobile…et de l’habitat en appartements. Ainsi, il est facile de comprendre qu’avec notre climat tropical la vie confinée en appartement n’est pas très confortable surtout sans climatisation. Dès lors, on comprend que lors des week-ends et des vacances, grâce à l’auto, de nombreuses familles aient besoin de prendre l’air et se rendent sur les aires de pique-nique. Une activité familiale sympathique jusqu’au moment où elle dérape.

Les Réunionnais ont parfaitement compris qu’en France la seule façon de faire respecter la liberté dans le respect d’autrui c’est la sanction. Avec en contrepartie la généralisation du "pas vu, pas pris". On le voit dans les délits de fuite routiers qui se multiplient ou dans les vols et agressions dont les auteurs ne sont jamais repérés.

Pour les pique-niques, c’est l’occasion des pires incivilités. Stationnements sauvages au risque de contrarier l’intervention des secours. Barbecues et feux mal maîtrisés au risque d’incendier la nature environnante. Bruit tonitruant de sonos alimentées par des groupes électrogènes non moins bruyants. Détritus en tous genres abandonnés sur place. Déjections humaines et animales déposées au petit bonheur la chance, y compris dans les rivières. Abattage sur place d’animaux de basse-cour. Tout devient possible en pique-nique. Les dérapages sans limites de quelques-uns finissent par se retourner sur celles et ceux qui respectent autrui et la nature.

Dès lors, on comprend que l’avenir du pique-nique à la réunionnaise est fort sombre. Ainsi l’ONF et le Parc national sont contraints de démanteler des kiosques pour limiter les excès. De même les riverains de la rivière Langevin qu’on ne peut pas soupçonner d’être des élites coupées des réalités de terrain en sont réduits à manifester pour mettre un terme à cette débauche d’incivilités. D’autres lieux sont maltraités dans notre île par quelques malotrus qui donnent une image déplorable de notre île.

Si le nombre d’habitants augmente avec un pouvoir d’achat qui permet à presque tous d’acquérir un véhicule, en revanche les 2512 km carrés de l’île ne sont pas extensibles, pas plus que les quelques lieux de pique-nique superbes encore accessibles. Gravement atteints par le mal français du "pas vu, pas pris" et faute d’être suffisamment éduqués au respect mutuel, les Réunionnais que nous sommes sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. La lente transformation de l’île en une montagne d’immondices et de déjections n’est pas de la seule responsabilité des élus ou des fonctionnaires. Nous sommes tous responsables chaque jour qui passe et à chaque moment de la journée. Mais que faisons-nous concrètement ? À chacun de répondre en toute conscience et d’en tirer les conclusions.

Charles Durand
Le Brûlé – Saint-Denis


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