Di sak na pou di

Le Grand Emprunt national : opportunité pour accélérer la construction de l’avenir de La Réunion ?

Tribune libre

Témoignages.re / 21 novembre 2009

A l’heure où le rapport de Michel Rocard et d’Alain Juppé est remis au Président de la République sur le Grand Emprunt national, il ne fait pas de doute que celui-ci sera destiné aux outils dont aura besoin notre pays pour construire son avenir et sa position dans la compétition mondiale durant les vingt prochaines années. A travers sept grandes priorités, la volonté des deux anciens Premiers ministres est de faire émerger un modèle de développement durable fondé sur la matière grise et sur l’économie "verte".

Ces sept grandes priorités concernent :

- L’Enseignement supérieur-recherche (16 milliards d’euros). Il s’agit de doter la France, à l’image de l’Allemagne et de ses universités d’excellence, de cinq à dix campus universitaires « plurisdisciplinaires de dimension et de réputation mondiale » et de confier à l’Agence nationale de la recherche (ANR), l’actuel "financeur" de la recherche, la gestion de deux fonds dotés d’un milliard d’euros chacun.


- Les PME innovantes (2 milliards d’euros)
. Il est proposé de créer « un ou plusieurs fonds d’amorçage à vocation transversale » pour accompagner la création et soutenir les premières années d’existence de PME et d’entreprises de taille intermédiaire.


- Les sciences du vivant (2 milliards d’euros)
. Il s’agit de « rassembler les acteurs publics et privés du secteur agricole, agroalimentaire et biotechnologique » pour « développer les innovations dans la production de matières premières agricoles et dans l’utilisation de carbone renouvelable en substitution au carbone fossile ». Pour soutenir la recherche biomédicale, quelques Instituts hospitalo-universitaires (IHU) d’excellence seraient créés « autour de talents de renommée mondiale » et localisés dans des CHU.


- Les énergies décabornées (3,5 milliards d’euros)
. Une "Agence pour les énergies renouvelables" serait dédié au développement de solutions énergétiques décarbonées. L’expérimentation de nouvelles technologies dans les énergies décarbonées (captage-stockage de CO2, stockage de l’énergie solaire, etc…) et l’économie du recyclage seraient développées. La commission préconise de créer dans ces domaines cinq à dix instituts de recherche technologique, sélectionnés par un jury international.


- La ville de demain (4,5 milliards d’euros)
. Pour favoriser « l’émergence de villes durables », la commission suggère de « co-financer dix programmes urbains intégrés, qui portent à la fois sur le transport collectif décarboné, le développement expérimental d’infrastructures de recharge électrique des véhicules propres et l’expérimentation de solutions nouvelles de rénovation urbaine durable (...), de réseaux intelligents (eau, électricité), de gestion durable des déchets et de maîtrise de la mobilité (plateformes de télétravail, régulation du trafic automobile...) ». La rénovation thermique de l’habitat sociale serait accélérée.


- La mobilité du futur (3 milliards d’euros)
. « Les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’un facteur quatre d’ici à 2050 et le souci de garantir la sécurité des approvisionnements énergétiques rendent nécessaire le développement de nouvelles solutions de mobilité, moins consommatrices d’énergies fossiles ». Il est donc proposé de préparer les véhicules du futur en cofinançant des projets de démonstrateurs et de plateformes expérimentales dans ce domaine. La France s’engagerait dans « un programme européen de démonstration de technologies de rupture pour l’industrie aéronautique (...) et spatiale (...) ».


- La société numérique (4 milliards d’euros)
. Le secteur numérique représentant « plus du quart de la croissance et 40% des gains de productivité de l’économie », un acteur public serait dédié au développement de la société numérique. Ce pourrait être une Agence pour le numérique, chargée de « co-investir dans l’économie numérique, en agissant à la fois sur les infrastructures et sur le développement de nouveaux usages et contenus ». Deux fonds spécifiques y seraient créés, l’un pour accélérer le passage de la France au très haut débit, l’autre pour financer des partenariats publics-privés de recherche sur les usages et contenus innovants.
Ce rapport est rassurant : constatant le retard pris par la France dans cette compétition mondiale, il met donc l’accent sur l’impérieuse nécessité de préparer l’avenir de notre société par un effort sur tous les secteurs qui aideront à produire de la connaissance.

A La Réunion, et sans attendre ce rapport, nous militons depuis plusieurs années dans ce sens. La Stratégie Régionale d’Innovation récemment avancée par les institutions locales est venue le confirmer. Mais là aussi, rien d’exceptionnel. Cela fait maintenant plus de trois ans qu’une tribune avait été publiée dans la presse sur ce thème : “La Réunion doit se créer un nouvel avenir : pour cela, elle doit faire le pari de l’innovation !”. Au niveau de la recherche économique, l’importance de l’innovation comme facteur de croissance est apparue dès la fin des années 80. Mais ce n’est que maintenant que les pouvoirs publics semblent considérer ces avancées comme cruciales pour notre avenir. A La Réunion, il y a trois ans, au moment où cette tribune paraissait, beaucoup considéraient cela comme une production d’universitaire cherchant à vendre son fond de commerce : la recherche. Aujourd’hui, tout se passe comme si on ne peut pas parler d’avenir, de grand emprunt, de projet de territoire sans envisager la recherche et développement et l’innovation comme pierres angulaires de ces stratégies. Comme quoi, rien ne sert d’avoir raison trop tôt ! Néanmoins, ce qui est surtout dommage, c’est que de nombreux pays n’ont pas attendu vingt ans pour s’apprivoiser les avancées de la recherche en économie. En matière de Recherche et Développement et d’innovations, le temps compte énormément. Tout retard pris aujourd’hui risque de se “payer cash” demain à la fois en termes de nouveaux produits et surtout en termes d’emplois.

Aussi, profitons de ce Grand Emprunt national pour ne plus avoir peur de l’avenir, investir au niveau local sur les outils du futur et accélérer l’interconnexion entre l’université et le monde réel. Ces sept priorités sont d’autant plus intéressantes pour La Réunion qu’elles correspondent “mots pour mots” aux axes stratégiques développés par notre île depuis quatre ans dans ses différents projets de territoire (PR2D, Gerri, Réunion Ile Verte, PA3D, CHU, SRI,…). De plus, fort de cette correspondance quasi parfaite, notre île fait même figure pour certaines priorités de bon élève ou d’économie pilote !

Ce Grand Emprunt est donc, à n’en pas douter, une nouvelle opportunité pour notre île de consolider son positionnement avant-gardiste et d’encourager nos décideurs à croire davantage en le moyen et le long terme. Certes l’urgence sociale est importante. Elle ne doit pas être négligée. Mais répondre à l’urgence de demain se prépare également dès aujourd’hui !

Préparons-nous (universitaires, entreprises, pôles d’excellence et de compétitivité) à répondre aux appels à projets proposés par ce Grand Emprunt pour inscrire La Réunion dans cet élan vertueux. Il en va de l’avenir de notre société, de son insertion dans le monde dans les vingt prochaines années et des emplois qui nous seront proposés !

Philippe Jean-Pierre
Professeur à l’IAE de La Réunion



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Messages






  • Ni dettes, Ni emprunts, la France doit créer de l’Argent !

    Non à l’emprunt Sarkozy !

    Face au pillage de notre pays organisé, depuis plus de 30 ans, par les marchés financiers qui gonflent artificielle, par les taux d’intérêt, la dette de notre pays, et afin de promouvoir des politiques de bien commun le gouvernement Français doit rompre avec la loi Giscard-Ponpidou du 3 janvier 1973, et tous les traités européens depuis Maastricht.

    Le gouvernement doit reprendre sa souveraineté économique et émettre du crédit productif Publique émit par une nouvelle Banque de la France.

    Le château de cartes de la finance est entrain de s’effondrer, il faut sortir de la spéculation et remettre l’argent au service de la population.

    David C.
    david.cabas.over-blog.fr

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