Di sak na pou di

Le Harceleur est-il un artiste ?

Témoignages.re / 25 février 2013

Le harceleur pourrait-il être considéré comme un « artiste » en matière de harcèlement tant il y excelle dans son « art »  ?

Ainsi on aurait pu militer pour que le harceleur soit accueilli dans le monde des artistes et pour qu’il perçoive des subventions publiques pour ses œuvres. En effet, chaque jour, il se renforce dans sa pratique, en sort grandi. Il est même applaudi et soutenu par la meute qui l’entoure, qui renforce ainsi son image de l’homme affable, consensuel…

Cependant, celui qui s’engagerait dans un tel soutien pour que le harceleur soit classé en tant qu’artiste ferait une grave injure à l’authentique artiste qui, lui, ne vit pas de mystifications, mais de créations, de sacrifices… l’authentique artiste n’a pas toujours de soutien autour de lui, il vit de peu, se contente de peu et vit de son bonheur de création et, par-dessus tout, il n’a pas de bouc émissaire sur lequel il assoit son pouvoir.

Généralement, le harceleur donne l’image d’un homme à succès, un homme du consensus, un homme qui plait. Il est souriant, semble sage. Il n’y a que celui ou celle qui en est victime qui le voit sous son vrai jour.

La victime est seule à le percevoir ainsi, et le harceleur en tant qu’ « artiste » va réussir à convaincre ceux qui l’entourent que sa victime « dérape », qu’elle est malade, que tous ses dires et écrits tiennent du pathologique.

Il aura en sa faveur de multiples témoignages sincères, car émanant généralement de ses subordonnés. Ces mêmes témoignages qui vont aussi mystifier les magistrats… Il sera plébiscité dans son milieu professionnel, ovationné, et sa victime sera encore plus isolée, plus seule… elle deviendra ce « drôle de gars ou de bonne femme » qui a osé parler, cet étrange « individu » aux écrits pathologiques, car elle vient déranger un monde parfait aux rouages bien huilés par « l’artiste lui-même ».

Mystificateur roué, sournois, souriant, détenteur d’autorité, sachant s’entourer de bras droits naïfs ou intéressés, le harceleur devient ainsi le maître incontesté dans l’art de créer un enchaînement d’agissements hostiles dont la répétition affaiblit psychologiquement la personne qui en est la victime.

Celle-ci essaiera de trouver de l’aide dans le groupe, mais elle est systématiquement rejetée : généralement, on répond à ses appels à l’aide par des termes tels que : « ne m’envoie surtout pas tes mails débiles, ton histoire ne m’intéresse pas » ou « tu ne sais pas à qui tu t’attaques », ou encore, « si j’étais toi, je démissionnerais… » et autres mots ou gestes « ponce-pilataux ».

Ces appels à l’aide ne trouvent aucun écho auprès de collègues souvent apeurés ou insensibles, aveugles, égoïstes, jusqu’au jour où ils deviennent eux-mêmes victimes du « serial harceleur ». Le harcelé perd confiance, il n’existe plus, il dépérit, n’a plus le choix : il va démissionner ou se rendre invisible, il va déprimer, et les plus fragiles passent à l’acte extrême.

Il existe pourtant des méthodes de préventions. L’UNSA en a fait un combat prioritaire et a publié un fascicule. Retenons que par le silence, nous renforçons celui qui harcèle. 

Armand Hoareau,

Membre de l’UNSA


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