Di sak na pou di

Le long chemin de la laïcité

Témoignages.re / 15 avril 2011

On a beaucoup parlé de laïcité, ces derniers temps. Mais sait-on encore que, lorsque s’ouvre le 21 mars 1905 le débat sur la séparation des Églises et de l’État que la mère-patrie est en pleine crise avec Rome ?
Depuis 1903, en application de la loi sur la liberté d’association de 1901, la France a expulsé des congrégations non autorisées. Ce n’est pas le moindre des incidents diplomatiques entre Paris et le Vatican de Pie X, dont le prédécesseur Léon XIII avait quant à lui exhorté les catholiques à faire cause commune avec la IIIème République. Tandis que l’Italie de Victor-Emmanuel III ne reconnaît pas le Saint-Siège. Depuis le Concordat institué plus de cent ans auparavant par Napoléon, le gouvernement français nomme les évêques et la République française a donc autorité sur eux. Ne voilà-t-il pas que Rome convoque — sans l’avertir — deux évêques paraît-il liés aux francs-maçons ! C’est un tollé. La rupture est consommée en 1904. Le divorce semble inévitable.
C’est le député socialiste Aristide Briand qui est chargé de préparer le projet de loi. Alors que se profilent des élections pour 1906. À la chambre des députés, s’affrontent alors laïcs et cléricaux. En général, ceux de droite sont des catholiques convaincus et ceux d’extrême-gauche des anticléricaux acharnés. Il y a des démocrates-chrétiens qui sont contre cette loi. Quant aux électeurs desdits députés, personne ne leur a demandé leur avis ! Ils ont élu des députés qui vont décider pour eux, mais ils ne leur avaient pas donné mandat pour décider d’une telle question. Et la liberté de conscience ? C’est la cacophonie générale. À tel point que certains sollicitent le report du projet de loi. C’est rejeté.
Nous sommes donc fin mars 1905. Le débat a commencé. Il fait rage. On débat des biens mobiliers et immobiliers de l’Église, sujet sensible s’il en est. Le futur président de la République Paul Deschanel souhaite que les édifices religieux érigés après le concordat ne soient pas confisqués par l’État, pour être confiés aux communes, qui les mettraient ensuite à la disposition d’associations « légalement formées pour l’exercice du culte ». N’ont-ils pas été bâtis principalement avec l’argent des fidèles ? Car d’aucuns voient la perte de l’influence de la religion et la main-mise de Rome sur l’Église française.
Jean Jaurès intervient alors et se positionne comme le rapporteur Aristide Briand pour une réforme qui soit acceptable et ne divise pas les Français. La droite se rallie providentiellement à eux pour obtenir cet assouplissement souhaité. Et la loi est votée le 3 juillet 1905. L’unité de l’Église française est sauvée. Pie X bout de rage. L’inventaire des biens mobiliers et immobiliers de l’Église occasionne des remous un peu partout, nécessitant quelques assouplissements du texte de loi. Mais il faudra attendre près de deux décennies et l’élection du successeur du pape, Pie XI, pour le rétablissement des relations entre Paris et le Saint-Siège.

Marc Kichenapanaïdou


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