Di sak na pou di

Le maloya rassembleur

Témoignages.re / 17 septembre 2011

au-delà mon monde des rêves
venant du fin fond de mon être
un chant m’interpelle
il a le ton de mes ancêtres
et la force de ce rite ancestral
embrase mon corps tout entier
le boum du roulèr me fait mal
et m’oblige de convulser
ce chant monte de ma poitrine
guide le tempo de mes pas
mi danse mon maloya

Dans le cadre d’un débat lors d’une Commission permanente à propos du maloya, des échanges houleux entre deux élus ont montré le fossé qui existe dans la compréhension des codes culturels. Il y a bien urgence à "causer" autour de la culture réunionnaise.

Notre maloya est le gardien des oubliés de l’Histoire.

Maloya vient du malgache "maloy aho ou malahelo aho" qui exprime la tristesse, la colère, le besoin d’exprimer le mal-être…
Ces mots traduisent une situation historique difficile, un vécu lourd et douloureux.
Le maloya chante la tristesse, la mélancolie, la violence, le mystère, la magie, mais aussi la résistance, le courage, l’espoir et le marronnage, en quelque sorte la vie.
Esclaves, marrons chantent et dansent pour panser ensemble leur plaie. Et nos ancêtres, sûrement courageux, ont su préserver la culture du maloya.
L’inscription au Patrimoine matériel et immatériel honore tous les défenseurs de cette musique.
Les Réunionnais ont réussi cette inscription dans la lutte, le rassemblement, l’Alliance.
Aujourd’hui et demain, cette musique culturelle et cultuelle doit suivre son chemin pour s’exprimer pleinement, lumineusement, spirituellement dans la sphère publique, sans pour autant remettre en cause la place que le maloya occupe déjà dans les espaces privés.
Ces lieux publics, ces temples du maloya doivent fleurir pour accueillir une grande partie de la population encore porteuse des stigmates de ce passé injuste.
Aujourd’hui, où sont les temples, pour célébrer les ancêtres esclaves, les héros, les marrons, les premiers combattants de la liberté ?
Où sont les sanctuaires pour chanter, danser, honorer nos ancêtres morts sans sépulture ?
Voilà un combat politique sur lequel tous les élus devraient réfléchir et travailler dans des assemblées et commissions.
Cette inscription du maloya le 1er octobre 2009 sur la liste de l’UNESCO du Patrimoine immatériel émane de l’équipe scientifique et culturelle de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. C’est un bel acte de réparation historique, un acte qui tente une harmonisation des cultures.
Notre maloya incarne ces nobles valeurs historiques qui sont toujours d’actualité pour bâtir une île qui s’appuie sur la résistance, la lutte, l’union, la fraternité, la solidarité. Et c’est ensemble, dans l’Alliance, que chaque Réunionnais remportera de belles victoires constructives.
A Sainte-Suzanne, Edmond Albius, lo Rwa kaf, figure emblématique, icône du maloya, et bien sûr notre « Kunta Kinté », fervent défenseur de l’identité réunionnaise, Lucet Langenier, et tous « les autres zarboutan » chantent et dansent le maloya avec nous. Un refrain sous la fable : « Réyoné Réyonèz, koup ton filé don oooooo
Pou ginye la lang toupé wayo »
Tiloun Ramoune.
Le maloya, la culture réunionnaise, incarne la lutte, le combat nourri d’espoir et de victoires dans l’Alliance.

Aline Murin-Hoarau,
conseillère régionale


Kanalreunion.com