Di sak na pou di

Le Parti socialiste et les « puissances de l’argent »

Georges Benne / 26 mai 2016

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Discours de François Hollande devant le Congrès, le 16 novembre 2015.

Dans un article du « Monde diplomatique », paru le 10 mai 2001, Michel Noblecourt faisait cette constatation : « Le Parti socialiste maintient l’ambiguïté de son rapport au capitalisme. »

Et pourtant, au 58e congrès de la SFIO qui s’était tenu à Épinay trente ans auparavant, François Mitterrand avait bel et bien déclaré : « Le véritable ennemi, j’allai dire le seul, parce que tout passe par chez lui, le véritable ennemi si l’on est bien sur le terrain de la rupture initiale des structures économiques, c’est celui qui tient les clés, c’est celui qui est installé sur ce terrain-là, c’est celui qu’il faut déloger… c’est le Monopole, terme excessif pour signifier toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! » ? Et de sa voix puissante, il avait lancé cet avertissement qui restera à jamais dans l’Histoire : « Celui qui n’accepte pas la rupture (…) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. »

Le 22 janvier 2012 au Bourget, c’était au tour de François Hollande de s’écrier : « Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

Mais pendant tout le temps qu’ils ont été à la tête de leur parti et pendant toute la durée de leur mandature, ils n’ont fait que ménager les intérêts des marchés financiers, des grosses entreprises et des banques. En voulant à tout prix installer ce fameux traité de Maastricht, le premier a mis encore plus l’Europe sous la coupe du capital ; en ne trouvant rien de mieux que cette nouvelle « Loi du travail »en défaveur des salariés, le second a réussi tourner touts les Français contre lui. Sous couvert du socialisme, tous les deux ont pratiqué , et le président Hollande encore la même politique, qui est, il ne peut plus le cacher, celle de la « social-démocratie », si mal nommée.

Or, la social-démocratie, là où elle a été appliquée et continue de l’être, conduit un jour ou l’autre, à une impasse et les premières victimes en sont les salariés. C’est ce que dénonçait déjà, il y a six ans, sous le titre « Social-démocratie, fin de cycle », l’ancien directeur du « Monde diplomatique » Ignacio Ramonet :

« A cause de ses propres reniements, capitulations et trahisons, la social-démocratie glisse aujourd’hui (…), vers le sépulcre (…) Face à l’explosion des urgences sociales, elle s’est montrée incapable de proposer des solutions qui soulèvent l’enthousiasme populaire. Elle navigue à tâtons, sans boussole et sans théorie : donnant l’impression d’être en panne, avec un appareil dirigeant asthénique, sans stratégie, ni idées, ni doctrine, ni vision d’avenir. Dépourvue, surtout, d’identité. » (…). « C’était une organisation qui devait faire la révolution, (« Réforme ou révolution ? J’ai envie de dire :… oui, révolution », avait proclamé à l’époque François Mitterrand.) - et elle a renoncé à cet objectif (…) Cette imagination politique semble aujourd’hui épuisée. »

Georges Benne


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