Di sak na pou di

Le poids des mots

Témoignages.re / 9 juillet 2012

Il y a quelques jours, un père ne supportant pas de vivre séparé de sa femme se suicide et emmène avec lui, dans sa folie meurtrière, une petite fille de 4 ans, sa petite fille, engendrée par lui et mise au monde par son ex-compagne. Quelle horreur ! Il n’y a pas de mots pour qualifier ce geste sacrilège, ôter la vie à une innocente qui devrait être chérie et protégée par celui qui l’assassine.
Les psychiatres, eux, trouvent des mots sans problème et osent appeler cet acte, suicide d’un parent précédé du meurtre de son enfant, "suicide altruiste".
Dans le dictionnaire, on peut lire "altruisme" : "propension à aimer et à aider son prochain ", " altruiste "inspiré par l’altruisme". Comment peut-on qualifier
d’altruiste le fait d’entrainer avec soi, un proche dans la mort ? Se suicider, c’est disposer de son propre corps mais la vie des autres ne nous appartient pas.
Comment un ou plusieurs spécialistes, qui se piquent d’expliquer le comportement humain, ont-ils pu - 1- inventer cette expression antinomique et -2- comment les suivants, loin de s’indigner, continuent à se gargariser avec cette monstrueuse association de mots ?
On nous saoule déjà avec les "meurtres d’amour" ; "il l’aimait trop, il l’a tuée."… à chaque crime commis par un homme sur sa compagne. Peut-on faire évoluer les mentalités en employant constamment des formules qui sont en elles-mêmes des circonstances atténuantes d’un acte barbare ?

Dans un autre registre, l’adjectif "pharaonique" qui fleurissait avant mars 2010 à tout bout de phrases dans les articles de journaux et dans les déclarations publiques — "La route des tamarins, budget pharaonique"… "La Maison des civilisations, dépenses pharaoniques" — n’est plus employé par ceux qui l’affectionnaient.
La majorité Robert présente une nouvelle route du littoral, chiffrée pour l’instant, à un milliard 600 millions et personne ne prononce le fameux "pharaonique".
Etrange ! L’importance de la somme serait-elle liée à l’appartenance politique de la collectivité qui la dépense ?

Les travaux devant la Maison du volcan ne sont certainement pas pharaoniques mais on peut se demander si les engins qui creusent et recreusent depuis des mois font des travaux de forage pour trouver du pétrole et sauver l’île de la pénurie de carburants, ou subrepticement reprennent les recherches géothermiques...
Un qualificatif reste à trouver pour justifier le réaménagement d’un site qui donnait satisfaction au public.

Marie-Hélène Berne


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