Di sak na pou di

Le Port : Quel projet pour la cité maritime ?

Courrier des lecteurs de Témoignages / 3 mars 2015

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Une des nombreuses réalisations sous l’ancienne municipalité : les immeubles Florès et Malacca de la rue de Chagos.

S’il est un exercice difficile pour de jeunes maires dont l’expérience est en devenir, c’est celui de construire une ville. L’enjeu est de prendre en compte l’ensemble des éléments qui sont constitutifs d’un développement harmonieux de la cité. C’est d’autant plus difficile lorsqu’il s’agit d’une ville portuaire, qui plus est d’une ville jeune de 120 ans lorsque l’on sait que plusieurs centaines d’années sont nécessaires pour qu’elle arrive à maturité.

Quelle réserve de modestie il faut avoir pour participer à cette merveilleuse mais combien difficile aventure de la construction d’une cité maritime en ayant en permanence à l’esprit que nous ne sommes qu’un maillon d’une chaine qui va se forger sur plusieurs centaines de générations.

J’ai eu l’honneur de contribuer avec les équipes municipales précédentes pendant près d’un quart de siècle à cette réflexion complexe de faire de la cité maritime une ville désirable, puis passer à la concrétisation en intervenant de façon cohérente sur le territoire tout en n’hypothéquant pas l’avenir, c’est-à-dire en laissant à ceux qui vont nous succéder la capacité de pouvoir réintervenir sur des décisions antérieures.
Les valeurs qui conduisaient le projet étaient celles d’une ville populaire, d’une ville ouvrière, où la population a construit son savoir – vivre ensemble sur la solidarité, celle d’une ville ouverte sur le monde autour de l’altérité et de la fraternité.
C’est une vision humaniste qui a toujours présidé aux choix tout au long de ces dernières décennies tant en termes de développement humain qu’en termes de développement du territoire.

Quittons un instant la philosophie qui a permis de penser le projet dans le cadre d’une vision globale pour interroger le pragmatisme de la gestion d’une collectivité.
Revenons tout d’abord sur la situation financière de la commune laissée par l’équipe municipale en mars 2014, puisqu’au fil des articles qui paraissent dans la presse il semblerait que ce soit le principal problème qui amène la municipalité actuelle à remettre en cause des projets engagés et justifierait à leurs yeux l’immobilisme.
Il est vrai que la crise internationale de 2009 a agi d’une façon non négligeable sur les recettes en matière d’octroi de mer, que les choix du gouvernement pour réduire le déficit budgétaire dans le cadre européen ont diminué de manière drastique les dotations de l’Etat versées aux communes, que la perte de la Taxe Professionnelle au profit de l’intercommunalité ne laisse plus de marge de manœuvre à une ville comme Le Port qui participe grandement à la solidarité intercommunale mais qui à l’inverse reçoit des retours très largement inférieurs à ce qu’elle verse. Il n’en reste pas moins vrai que de nouvelles stratégies sont à définir et les projets de développement possibles. Par ailleurs cette ville qui est l’une des premières économies de l’ile avec un appareil industriel développé est aussi celle qui connait une situation sociale des plus difficiles qui impacte le budget par des recettes faibles et stagnantes alors que la situation nécessite un accompagnement sans cesse croissant des populations les plus fragiles.
Nous entendons dire :
« Le taux d’endettement est insupportable ». En réalité il l’était moins fin 2013 qu’il ne l’était en 2008 ;
« Les emprunts structurés (dits toxiques) plombent le budget ». En réalité la désensibilisation et la sécurisation de la dette s’est traduite par le passage en taux fixe de 15 millions d’euros, seul un prêt structuré de 5,9 millions subsistait sur 50,1 millions d’emprunt, soit moins de 12 % des emprunts ;
« Les taux d’intérêts sont extraordinairement élevés ». En réalité le taux moyen était de moins de 4 %.
Qui plus est, malgré le contexte décrit plus haut la marge nette était positive au 31 décembre 2013, même si la nécessité de maîtriser les dépenses de personnel et de poursuivre la politique de désendettement décidée en 2009 et mise en œuvre à partir de 2010 reste une contrainte pour les années à venir.

Quant à la contrainte issue des prêts toxiques, dont la commune du Port est victime comme des milliers de collectivités et d’établissements hospitaliers ayant contracté des emprunts auprès de Dexia, une banque pour les collectivités dont les deux actionnaires étaient l’Etat français et l’Etat belge, des solutions doivent se trouver avec l’Etat pour s’en désengager.
On le voit, la situation financière n’était pas si mauvaise alors que les gros investissements sont derrière nous, que l’éradication de l’insalubrité arrive à son terme et que les banques publiques (AFD, CDC), sur ces constats, pérennisaient la confiance qu’elles accordaient à la commune.

Ces derniers mois au travers d’articles de presse, on a voulu nous amener à penser que ce territoire a été laissé à l’abandon depuis de nombreuses années… C’est un exercice difficile que de répondre directement à ces propos où les informations malveillantes et insipides colportées par des ceintures noires en communication sont distillées sournoisement.
Laissons plutôt la parole à un journaliste du JIR qui parlait de la métamorphose du Port, d’un modèle discret en termes d’urbanisme, en rappelant les nombreux projets de la collectivité (édition du 2. 11. 2010) ou encore rappelons-nous ce supplément du Quotidien du 4 avril 2008, réalisé par les étudiants d’info-com. qui classaient Le Port en deuxième position ex-æquo avec Saint Pierre, après Saint Denis pour les villes où il fait bon vivre. Il semble que ces jeunes Réunionnais ont une vision plus claire de ce qu’est vivre dans une ville où les services publics ou privés sont présents, la qualité environnementale prise en compte, où la santé et le logement ont été une préoccupation constante des élus, où la culture et la politique sportive ont été une référence pour notre ile, où la politique de l’enfance et de la famille étaient un enjeu majeur. La mise en évidence d’un taux de chômage et de délinquance important n’a pas suffi à déclasser la ville. A ce sujet, la lecture de l’article : « Le Port, une ville qui porte l’histoire de La Réunion » de l’hebdomadaire VISU du 24 février 2015 nous incite à penser qu’il fait bon vivre au Port.

Alors aujourd’hui, un an après les élections municipales, il parait important de rappeler les projets qui ont été ceux de l’équipe antérieure et dont certains, engagés à l’époque, ne deviennent visibles qu’aujourd’hui.
Huit quartiers inscrits dans un processus de rénovation urbaine dont sept RHI et quatre terminées. Les livraisons de logements, soit en location, soit en accession à la propriété se poursuivent, le projet de rénovation urbaine des quartiers Lépervanche, Vergès de la ZAC 1 et la réalisation de la ZAC Rivière des Galets. Le lancement de l’étude sur le quartier Ariste Bolon dans le cadre de la deuxième génération de la rénovation urbaine pour remettre à niveau le territoire et accompagner les familles dans leurs projets. Le mail de l’océan, le projet Ville et Port et la darse de plaisance qui est aujourd’hui proche de la livraison. Autant de projets urbains construits en concertation avec la population du Port à mettre au crédit de l’équipe municipale sortante. Nous pourrions de même développer les projets touchant à l’éducation, à la politique sociale et la création de l’Epicerie Sociale et Solidaire, à l’Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) en cours de réalisation à proximité du quartier Manès. Nous pourrions aussi parler de la politique culturelle et sportive si nous n’avions peur d’être trop long. Un mot sur le personnel et son encadrement tout de même, colonne vertébrale d’une collectivité territoriale, principale richesse d’une ville qui s’était engagée dans un processus de réorganisation et d’engagement au service de la population, les cadres sont des experts du territoire dans leur fonction et des conseillers de premier ordre pour l’autorité territoriale.

Alors qu’en est-il des projets de la nouvelle municipalité ? J’ai pu lire que certains projets étaient remis en cause. Sur le principe il est normal qu’une nouvelle majorité municipale redéfinisse le projet de la ville, mais sur le fond, supprimer la FAC, campus dédié à la formation initiale et professionnelle en plein centre ville, quand on connait la difficulté de la population à répondre aux offres d’emploi tant l’écart entre celles-ci et l’offre de travail et l’offre en formation est grand. Sur le fond toujours, que veut dire créer une moyenne surface alimentaire en centre ville lorsque les études nous disent que les besoins sont couverts sur le territoire portois et que toute nouvelle surface créée provoquerait la fermeture d’autres commerces existants de même ordre. Faut-il rappeler que l’intérêt général prévaut en la matière ?

Les défis à relever sont énormes. Avant de remettre en cause des orientations, même si cela est légitime, même si des choix qui ont été faits antérieurement peuvent donner matière à discussion, voire être remis en cause, il faut prendre le temps de la réflexion, produire de l’intelligence et faire que les nouveaux projets deviennent réalité.

Alain Moreau


Kanalreunion.com