Di sak na pou di

Le Port : une longue marche vers la mer

Témoignages.re / 25 septembre 2015

La nouvelle darse de plaisance inaugurée au Port le jeudi 17 septembre 2015 est une opération du projet « Ville et port ». Elle s’inscrit parfaitement dans le Plan directeur d’urbanisme de la cité portuaire adopté le 2 décembre 1971 par le conseil municipal alors présidé par Paul Vergès.
Ce vote a entériné une délibération parmi les plus importantes jamais prises par le conseil municipal. Elle fixe les grandes orientations en matière d’aménagement de la commune en faveur d’une population cumulant de graves difficultés socio-économiques et culturelles : insalubrité record avec un nombre de bidonvilles sans égal dans l’île, avec son corollaire – pas d’eau courante ni électricité dans la plupart des cas –, état sanitaire catastrophique, taux d’analphabétisme important, etc. Cette délibération s’appuie sur des droits fondamentaux dont le respect a guidé l’action municipale de ces quarante dernières années : droit à la ville, droit au travail, droit à la culture, droit à un logement décent, droit à la nature… et droit à la mer.
Le droit à la mer semble naturel pour une ville côtière comme la nôtre. Ville côtière certes, mais coupée en réalité de l’océan par les équipements portuaires et les installations lourdes de stockage d’hydrocarbures.

Du nord à l’ouest

Le littoral nord, situé entre le nouveau port et la SRPP, a fait l’objet de travaux d’aménagement livrés en deux tranches (2001, puis 2010) : plantations d’arbres, création de pistes cyclables et de jogging, d’aires de détente, de pique-nique. Aujourd’hui, c’est devenu un espace très apprécié par les habitants du Port… et des communes voisines.
L’autre façade maritime du Port, presque totalement vouée aux installations du port ouest, est concernée par le projet Ville et port conçu dans la dernière décennie du 20e siècle. En effet l’ouverture du nouveau port en 1986 y a fait basculer progressivement l’essentiel de l’activité import : trafic conteneurs, voitures, vrac, hydrocarbures, charbon, marchandises diverses. Par conséquent, certaines activités du port historique ont disparu. Les espaces ainsi libérés ont offert à la ville de vraies opportunités de reconquête de sa façade maritime et d’ouverture sur la mer.
Le 1er mars 2000 intervient alors la signature d’une Charte par l’État, la Région, le Département, la CCIR (gestionnaire de l’outillage portuaire à ce moment-là) et la Ville. Cette Charte valide le programme Ville et port qui inclut des logements, des hôtels, des restaurants, un espace muséographique ainsi que des activités économiques liées à la mer dont la croisière, les sports et les loisirs nautiques, la plaisance. Des négociations menées avec la Région ont permis d’acter un « Pôle mer » assurant l’enseignement des métiers de la mer et la recherche pour la mise en valeur des richesses marines.
Dans cette perspective, la nouvelle darse de plaisance est un élément phare du projet majeur pour la ville. Elle a vocation à lui donner la dimension d’une vraie ville portuaire et de porte maritime de La Réunion. Le foncier nécessaire, de même que les « Grandes Maisons », ont fait l’objet d’un accord de cession de l’Etat à la Ville, qui a déjà acquis une partie des terrains. Cela met fin à une période où l’espace portuaire était interdit au public.

Une véritable course d’obstacles

Aujourd’hui, il y a unanimité pour louer le bien fondé et l’importance de la nouvelle darse. Mais il faut savoir que sa réalisation a été le dossier le plus difficile que j’ai eu à mener pendant mes 20 ans de mandat de maire.
D’une part, il s’agissait d’un projet d’une rare complexité mettant en jeu beaucoup d’acteurs : l’État représenté par de nombreux services, le Conseil Régional, le Département, la CCIR, qui a ensuite été remplacée par le Grand Port Maritime de La Réunion, et la Ville. Ce projet voulu par notre municipalité a été un bras de fer permanent, tant l’intérêt du projet était loin d’être partagé par tous, avec parfois une opposition ouverte, des blocages, des erreurs grossières dans les dossiers…
Pour ajouter à la complexité, des décisions importantes devaient être prises à Paris avec les lourdeurs administratives qui en découlent.
D’autre part, la conduite de l’opération a nécessité la délocalisation dans le port Est du terminal céréalier du magasin 80 situé sur l’emprise de la future darse. Cette opération de la CCIR a pris de nombreuses années. Il a fallu recommencer des études interminables pour doubler la capacité de stockage des silos à 60.000 tonnes, rechercher le financement sur la base d’un PPP (partenariat public privé) et j’en passe ! L’inauguration du terminal céréalier a finalement eu lieu le 4 novembre 2010, soit 10 ans après la signature de la Charte Ville et port.
Sa mise en service a permis le transfert de l’importation de céréales dans les imposants silos fonctionnels sécurisant la fourniture de matières premières nécessaires à l’économie réunionnaise.
L’ordre de commencer les travaux du nouveau bassin de plaisance fut donné le 28 décembre 2012, la première tranche des travaux a été la démolition du vaste hangar 80. Le chantier s’est terminé dans le 2e semestre 2014 et l’inauguration est revenue en héritage à la nouvelle municipalité.
Un beau projet donc, mené à son terme malgré les embûches qui ont jalonné un difficile parcours.
C’est le préalable pour l’ouverture de la ville vers la mer qui fera certainement – en tout cas c’est notre souhait – le bonheur des plaisanciers, de la population de notre ville et de La Réunion. Le TCO, qui a la responsabilité de la plaisance de La Possession à Saint-Leu, devra apporter sa contribution.

Jean-Yves Langenier


Kanalreunion.com