Di sak na pou di

Le pouvoir, la crise… le peuple ?

Témoignages.re / 1er décembre 2010

Quelle posture pour les communistes face au désengagement de l’État des fonctions sociales au profit du grand capital, et à la contrainte, qui demeure, de rattraper les retards hérités du passé ?
L’accès des communistes à des positions de pouvoir s’est toujours effectué à la suite de crises politiques, économiques et sociales. L’exercice des responsabilités s’est lui aussi déroulé dans un contexte de crise plus ou moins permanent. Il a toujours donné lieu à des stratégies de dépassement. Face à une crise plus intense que jamais, n’est-il pas temps d’en inventer de nouvelles, dont le peuple puisse être l’acteur majeur ?

Un état de crise permanent

Le processus de décolonisation, véritable traumatisme pour la République, a débouché dans l’Empire sur une série de crises : guerres coloniales et répression sanglante à Madagascar, en Indochine et en Algérie.
En Métropole, il a accéléré la crise politique, qui a emporté la IVe République, et a débouché sur la Ve République. Ce régime reste fondé sur une Constitution de crise, d’ailleurs rédigée par l’un des acteurs majeurs de la crise coloniale, le premier ministre et futur député de La Réunion, Michel Debré.
Dans notre pays, la fraude électorale a été l’outil de prédilection de la répression coloniale et postcoloniale. Celle-ci a empêché pendant plus d’un quart de siècle l’accès des forces progressistes aux postes de pouvoir.
Exclus de la gestion des communes et des collectivités, les forces de progrès ont accepté l’épreuve de force et proposé un modèle alternatif : ce fut, en 1959, la création du PCR et l’adoption du mot d’ordre d’Autonomie.

Expériences de progrès

Au début des années 1980, l’ère de la fraude révolue - tout au moins dans son aspect massif -, les communistes ont pu accéder aux responsabilités par la voie des urnes. La crise, néanmoins, demeurait : à peine disparue, la fraude faisait place au harcèlement judiciaire contre les élus communistes.
Au plan global, l’économie mondiale subissait des chocs répétés. Sous l’influence des théories ultralibérales, l’État entrait dans un long mouvement de retrait des secteurs citoyens, renforçant ses compétences répressives et militaires.
C’est dans ce contexte que les communistes réunionnais ont poursuivi les combats fondamentaux, qui ont culminé avec la bataille contre une loi de "parité sociale", dirigée contre à la réalisation de l’Égalité sociale pleine et entière.
Le pouvoir d’État et les intérêts établis n’ont cessé, durant cette période, de multiplier les obstacles à l’action des communistes. Loin d’affaiblir les initiatives, ce contexte a servi de terreau à de nouvelles expérimentations : la coopération entre communes dirigées par des élus communistes, au-delà des limites assignées par les délimitations administratives.
Cette coopération permit la création d’outils de développement tels que la SEMADER, la SEMITEL, dans le cadre du SIVOMR, né en 1983. Des initiatives systématiquement combattues par les adversaires du développement, qui attaquaient tant les structures mises en place, que leurs réalisations.
Le changement de majorité politique eut pour conséquence le déclin organisé des instruments de la solidarité, dont la dégradation de la SEMADER restera sans doute le symbole le plus dramatique.

Une révolution de rattrapage

La nécessité d’administrer des collectivités marquées par une histoire lourde de domination, tant dans leur découpage géographique que dans les déficits qui les frappent, est une contrainte qui pèse sur l’action des partisans du progrès à l’échelle communale.
Il y a quarante ans, le Parti arrivait en position d’apporter le changement au Port et à La Possession, ainsi qu’à Saint-Louis et à Saint-Philippe avec les forces de progrès. Dans les années 1980, à Saint-Pierre, à Saint-Leu, à Saint-Louis, à Sainte-Suzanne. En 2008, à Saint-Paul et à Saint-André.
Chaque nouvelle équipe a eu en héritage les immenses retards et injustices creusés dans tous les domaines par des décennies de pouvoir rétrograde. Elles se sont attelées à les combler avec, partout, des succès indéniables.
Dans les communes où le PCR est arrivé aux commandes, la vie s’est améliorée pour les plus démunis, l’habitat décent s’est imposé, les services élémentaires tels que l’eau, l’électricité, la voirie, le ramassage et le traitement des déchets ont été mis à la disposition des citoyens.
Tout cela sous la menace permanente qu’un retour des forces anciennes ne ruine tout ou partie du travail accompli, comme ce fut le cas lors de la perte de Saint-Louis, en 2003.
La reconquête de cette commune a rouvert le chantier de développement. Les grandes victoires de Saint-André et de Saint-Paul, la même année, prennent la dimension de véritables défis, du fait de l’étendue des territoires et de l’immensité du rattrapage qui doit être réalisé.
Les élus communistes accèdent aujourd’hui aux fonctions de décision et de gestion dans un contexte de crise maximum.
Comme hier, ils doivent affronter la contrainte institutionnelle des limites du pouvoir communal. Nul communiste, si volontariste qu’il soit, ne peut pallier seul aux problèmes majeurs de La Réunion, qui se déclinent dans sa commune : le chômage, qui frappe aujourd’hui près d’un Réunionnais sur trois et près d’un jeune sur deux ; la catastrophe qui frappe le logement, où le seul secteur de l’habitat social enregistre un déficit de 30.000 demandes en souffrance.

Offensive du pouvoir

Si la nécessité de combler le retard hérité et les limites du rôle municipal pèse, par nature, sur les épaules d’un maire communiste, ces contraintes sont aujourd’hui plus dures que jamais, du fait des politiques définies à Paris, systématisées par le pouvoir UMP. Selon le mécanisme néo-libéral, le pouvoir organise simultanément le désengagement de l’État de ses fonctions sociales et le dépouillement des communes de leurs ressources, favorisant certains intérêts privés.

Le recours au peuple ?

Les communistes peuvent certes utiliser les instruments existants – telle la Régie - pour faire face à l’offensive conjuguée de l’État et du capital.
Mais ne pourraient-ils pas aller plus loin encore, et lancer la contre-offensive en organisant le dépérissement du pouvoir municipal au profit de la population, avant que celui-ci ne retombe définitivement sous tutelle de l’État et des intérêts économiques dont il assure la promotion ? La formule peut paraître provocatrice : en pratique, elle peut prendre des formes multiples, avec, par exemple, le développement du secteur coopératif. Des services tels que celui de l’eau, le logement et d’autres services, ne pourraient-ils pas être confiés à l’initiative des citoyens de manière croissante et coordonnée, sous l’impulsion d’élus communistes ?
Un tel développement de la solidarité ne pourrait-il aider à faire pièce à la dépossession des pouvoirs des maires par l’État, ses agents et ses alliés dans le secteur marchand ?
Pareille évolution nécessiterait, comme par le passé, une double mobilisation : d’abord, celle de la solidarité et de l’unité d’action entre les élus du Parti. Ensuite, celle d’un rassemblement pour fonder un nouveau modèle d’administration et de gouvernement, afin de mettre le peuple réunionnais aux commandes… pour que personne ne décide à sa place.

Geoffroy Géraud-Legros


Kanalreunion.com