Di sak na pou di

Le profil et la compétence

Courrier des lecteurs de Témoignages / 30 mai 2016

La récente polémique concernant le remplacement de Sudel Fuma à l’Université de La Réunion, met en exergue une question importante : le profil et la compétence ne doivent-ils pas être en adéquation ? Personne ne remet en cause la compétence de la personne nominée mais est-ce le bon profil ? La réaction de l’Université de Nantes fut, à ce propos, pour le moins disproportionnée : une longue apologie de la candidate et une ignorance flagrante des réalités de La Réunion. En filigrane, se pose une problématique : quelles sont représentations sociales de la compétence à La Réunion ? Comment ont-elles été forgées par l’histoire et la modernité ? Comment ont-été véhiculées ? Et quelles sont leurs conséquences au sein de la société ?

Premièrement, l’histoire a stratifiée fortement notre société sous l’influence de l’esclavagisme, de l’engagisme, du colonialisme, et aujourd’hui le post-colonialisme. Racialement et économiquement, une hiérarchie s’est dégagée, même si la dimension interculturelle existe et structure l’identité réunionnaise. Si la France refuse toutes statistiques concernant les groupes ethniques, ceux-ci existent et un observateur objectif peut se rendre compte que de nombreuses disparités demeurent sur le plan professionnel, notamment en ce qui concerne les postes de responsabilité et de décision, à La Réunion.

Deuxièmement, toutes les générations, jusqu’à aujourd’hui, ont été les dépositaires, souvent involontaires, des préjugés et autres stéréotypes, dégagés par la nomenclature socio-économique et intellectuelle, sans que cette situation soit remise en question, et sujette à des études qui relèveraient de la recherche universitaire.

Troisièmement, contrairement à d’autres DOM, La Réunion offre l’image consensuelle d’une mosaïque ou tolérance et absence de revendications, visant à modifier la stratification ne sont guère favorisées et admises. De ce fait, se perpétuent une construction et une vision de la société, prenant ses racines dans les schémas édifiés par l’histoire. Ainsi, la notion de préférence régionale, pratiquée partout dans l’hexagone, prend ici des allures déplacées d’atteinte au sacro-saint principe d’égalité de tous devant la loi.

Pour toutes ces raisons, qui nécessitent une réflexion approfondie et apaisée, et devant l’impérieuse nécessité de prendre en charge scientifiquement ces problématiques, qui ne feront que s’accroitre dans l’avenir, je me permets une suggestion au futur président de l’Université, pour qu’enfin soit créée une véritable filière de sciences humaines à La Réunion, incluant, au moins pour le master, la psychologie, la sociologie, et la philosophie.

Cela mettrait fin à un statu-quo passif et à une absence de perspectives à long terme (quels modèles de société pour La Réunion ?) qui ne sont pas facteurs d’émancipation et de progrès pour notre population.

« Une idée dont le temps est venu, est le plus puissant facteur de changement ». (Victor Hugo)

Radjah Veloupoulé


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