Di sak na pou di

Le sacrifice humain

Témoignages.re / 23 juillet 2013

À partir de quel moment considère-t-on que l’on tue quelqu’un ? Pas après qu’il soit mort, bien sûr ! Et que fait Samuel ? Il nous oblige à regarder celui que nous assassinons au quotidien, à petit feu, à coups d’indifférence, de mépris, de ricanements faussement dissimulés, de condescendance, de haine parfois, et de silence surtout ; mais aussi à coups de minima qu’on concède, puis ici qu’on reprend. Il nous oblige à embrasser de notre conscience la plus humaine la profondeur de notre propre déshumanisation. Il nous oblige encore à prendre parti et à se dire clairement, à soi-même, que l’on est pour ou contre le sacrifice humain dans l’intérêt supérieur de l’euro et des quelques-uns qui ont à y gagner.

Et c’est en cela que Samuel nous dérange. Il éclaire pour nous ces centaines de milliers de Réunionnais, ces millions d’autres Français, auxquels, d’un trait de plume froidement apposé au bas d’un décret, on refuse le droit à la dignité, à la vie, à l’envie de faire des enfants. Samuel nous contraint à les regarder en face, un à un, et nous ramène au seul être qui compte finalement, à nous. Il nous révèle alors qu’accepter cela revient tout autant à nous priver de cette même dignité, ce qui fait de nous ce bataillon de corps sans âmes se nourrissant les uns des autres, et qui assistent, hagards, à leurs propres déchéances.

En refusant de s’alimenter, Samuel refuse de participer plus longtemps au banquet cannibale. Et il nous dit, parce que son action résonne en nous plus fort que toutes ces déclarations mièvres, et ces commentaires nauséeux, voire racistes, qui fleurissent autour de sa démarche, que chacun de nous peut œuvrer au changement tant promis et tant attendu. Que la patience de l’Africain qui est en chacun de nous, et plus encore en chaque Réunionnais, a sa limite ; et que celle-ci est atteinte, en tout cas chez certains plus nombreux chaque jour. Que les heures sombres de la barbarie technocratique et administrative touchent à leur fin. Et que la chaleur humaine, la complicité, la coopération désintéressée, le partage, en un mot l’humanité, auront bientôt droit de cité. Et que ni les milliardaires jamais rassasiés, ni les politiciens toujours déphasés, ni même les innombrables loges obscures qui abritent tout ce beau monde ne pourront l’empêcher. Que ce n’est plus qu’une question de temps. Que le moment est venu de nous lever et de nous remettre enfin en marche vers plus d’humanité.

Tiébo Samuel, tu es beau !

Guillaume Kobéna

Citoyen du monde


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