Di sak na pou di

Le sens des mots

Témoignages.re / 13 novembre 2013

Pendant la mandature de Paul Vergès à la Région, le mot "pharaonique" était de sortie tous les jours, oralement ou par écrit. Tout était pharaonique, la route des Tamarins, la Maison des civilisations. Mais par miracle, ce mot peu commun, il faut le reconnaître, a disparu du vocabulaire de nos commentateurs si friands d’adjectifs. La nouvelle route du littoral qui accumule les zéros dans l’écriture de son coût n’est pas pharaonique, c’est un ouvrage d’exception, un point c’est tout, et n’y voyez pas un contenu politique.

Il y a quelques jours, de malheureux hommes en mal de célébrité ont eu le bon goût et la finesse de pondre une pétition au nom évocateur "Touche pas à ma pute", intitulé calqué sur "Touche pas à mon pote", slogan anti-raciste des années 80. Ils entendaient protester contre une nouvelle loi qui pourrait pénaliser les clients des prostituées.

Ils auraient souhaité être 343 signataires, revendiqués par eux comme 343 salauds en copiant purement et simplement le concept du manifeste des 343 femmes qui luttaient pour le droit à l’avortement en 1971, comme si leur combat avait des similitudes. Les féministes revendiquaient la libre disposition de leurs corps pour assumer ou pas une maternité, les machos, eux, réclament le droit de se servir du corps des autres en oubliant évidemment les contraintes subies par ceux et celles qui sont obligés de se prostituer.

Dernièrement, Madame Christiane Taubira, Ministre de la Justice, a été traitée de guenon. On croit rêver surtout quand on apprend qu’après une candidate du FN, cette comparaison a été faite par une gamine dont les parents sont des militants anti-mariage pour tous. Peu de réactions indignées en retour, comme si ce n’était qu’une plaisanterie. On nous saoule avec la dénonciation d’insultes racistes et antisémites, et dans ce cas précis où la parole est abjecte, on observe dans le milieu politique un silence coupable qui a valeur d’acceptation ou de minimisation du propos alors qu’il est tout simplement intolérable et indigne d’un être humain du XXIème siècle.

Dans notre société d’images, le pouvoir des mots est toujours important et nous devons en être conscients. Les mots sont encore des armes pour nous conditionner si nous perdons notre sens critique.

Marie-Hélène Berne


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