Di sak na pou di

Le terroriste : influençable, « perdant radical », sans conscience de classe attend son heure

Frédéric Paulus / 8 août 2016

Le terroriste : influençable, « perdant radical », sans conscience de classe attend son heure

Ce jeune délinquant de 16 ans, scolarisé sous mandat judiciaire, dans un lycée professionnel à caractère social, qui, lors d’un atelier de groupe d’expression, me disait en appuyant sur sa veine du pli du coude : « Vous voyez, ici c’est du sang de petit fils d’esclave qui coule ». Je ne manquais pas de lui dire « que lui était libre ». Sans mentionner les difficultés qu’il pouvait rencontrer pour avoir une prise sur son destin, mais en remarquant tout de même une certaine fierté chez ce jeune.

Pour l’auteur du livre « Le perdant radical », Hans Magnus Enzensberger : « Le forcené retranché dans un lycée, qui tire sur tout ce qui bouge, a-t-il quelque chose en commun avec les candidats aux attentats-suicides issus de la mouvance islamique ? »

Comme pour cet auteur, comme pour nous, notre réponse est assurément « oui ». Ce forcené ne peut pas se prévaloir d’une conscience de classe, comme ce jeune petit fils d’esclave qui aura profité d’un encadrement socio-éducatif, semble-t-il adapté. Sans perspective d’avenir, « le perdant radical », quant à lui est aliéné par une psychologie de perdant, ne pouvant mettre de mots sur ses émotions et ses souffrances, du fait, à n’en pas douter, d’une enfance chaotique (réf : « Les enfants du chaos », d’Alain Bertho, autre ouvrage de référence), ses sentiments de vide intérieur se renversent en haine de l’autre et dès lors cette psychologie conduit ces jeunes humiliés très souvent par leurs parcours semés d’embûches et d’échecs, presque toujours des hommes, dans une solitude étouffante à rechercher, par internet notamment, des boucs émissaires. La suite on commence à la connaître.

« La chose qui est sûre, surenchérit Enzensberger, c’est que la manière dont s’est organisée l’humanité – « capitalisme », « concurrence », « empire », « mondialisation » - le nombre de perdants ne se contente pas d’augmenter chaque jour ; comme dans toute masse considérable, un fractionnement ne tarde pas à se produire ; au cours d’un processus chaotique et obscur, les cohortes de déclassés, de vaincus, de victimes se séparent. Le raté peut se résigner à son sort, la victime peut demander réparation, le vaincu peut se préparer au prochain round. Le perdant radical, en revanche, prend un chemin distinct. Il devient invisible, cultive ses obsessions, accumule ses énergies et attend son heure ».

Frédéric Paulus
Saint-Denis


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