Di sak na pou di

Le vote blanc au secours de la démocratie

Témoignages.re / 10 décembre 2012

Depuis environ une trentaine d’années on assiste dans notre pays à une progression régulière et irrésistible de l’abstentionnisme à chaque élection générale. L’importance du phénomène est variable selon les élections. Certaines élections telles que les municipales ou les présidentielles mobilisent encore relativement bien les électeurs, mais les observateurs confirmeront que la tendance générale est à l’augmentation régulière du taux d’abstentionnisme.

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Tandis que pour les présidentielles et les municipales il est passé d’environ 15% à 25% au cours des trente dernières années, pour les élections législatives la progression de ce taux d’abstentionnisme est passé de 25% à 35%. Tandis que pour les élections régionales il est actuellement de l’ordre de 40% et pour les européennes il se situe autour de 50%.

Cette démobilisation des citoyens pour les élections est due sans doute à l’absence de ligne de démarcation bien précise entre les différentes options proposées. Pour beaucoup le clivage entre la droite et la gauche n’existe plus. Droite ou Gauche c’est la même chose, et hormis les choix vers les extrêmes, beaucoup d’électeurs rangent la plupart des hommes et femmes politiques dans le même panier. Et ceux qui n’arrivent pas à se déterminer selon les personnes plutôt que selon les idées préfèrent s’abstenir, au point de mettre en danger la démocratie elle même.

En effet quelle valeur reste t-il à un scrutin lorsque plus de 50% des électeurs ne se sont pas prononcés ? Certes les absents ont toujours tort, mais lorsque la majorité s’abstient se sont les minorités qui gouvernent, et la représentation populaire n’a plus beaucoup de sens.

Pour modifier cette tendance dangereuse il y a plusieurs solutions. Il est faut bien entendu que les choix de sociétés proposés par les hommes politiques soient bien clairs et se différencient bien les uns des autres. (…)

On pourrait bien entendu rendre obligatoire l’inscription sur les listes électorales et obliger les citoyens à aller voter en condamnant les abstentionnistes à une amende ou en les privant de certains droits attachés à la citoyenneté. Mais cela ne changerait rien si leur refus de choisir n’est pas pris en compte.

Jusqu’ici dans notre pays ceux qui ne choisissaient pas mais glissaient dans l’urne une enveloppe vide, ou glissait dans leur enveloppe de vote un bulletin blanc(…). Leur vote n’avait aucune valeur et était assimilé à un vote nul. 

Il semblerait que les choses vont évoluer puisque des parlementaires proposent de comptabiliser le vote blanc pour les prochaines élections. Il ne serait plus considéré comme nul mais serait comptabilisé à part.

Cette solution permettra bien entendu de mesurer le degré d’adhésion des électeurs aux divers programmes qui leur seront proposés, mais à mon avis cela ne suffira pas car cela n’obligera pas les auteurs de ces programmes à les modifier si l’élection est acquise malgré un nombre très important de votes blancs.

 Pour cela il faudrait non seulement compter les votes blancs mais les utiliser pour obliger les politiciens à revoir leurs copies lorsqu’elles sont rejetées par les électeurs. S’il est difficile d’inclure les votes blancs dans les suffrages exprimés car ils pourraient empêcher de trouver une majorité absolue, on pourrait par exemple obliger à recommencer les élections lorsque le nombre de votes blancs serait supérieur à un certain pourcentage des électeurs inscrits.

Comme on exige déjà lors du premier tour d’une élection que le candidat qui a une majorité absolue des suffrages exprimés doit également réunir sur son nom le quart des électeurs inscrits pour être déclaré élu dès le premier tour, on pourrait prévoir également que toute élection dans laquelle on constate un nombre de votes blancs supérieur à un quart ou à un tiers des électeurs inscrits devrait être recommencée au moins une fois.

Une telle réforme de notre code électoral ferait retourner très certainement une grande partie des abstentionnistes aux urnes et pourrait peut être justifier que l’on puisse rendre le vote obligatoire pour tous ceux qui sont autorisés à voter. Vu sous cet angle, le vote blanc pourrait devenir le sauveur de notre démocratie moribonde.

Joseph Luçay Maillot


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