Di sak na pou di

Leçon réunionnaise de la rencontre du Pape et du Patriarche

Ary Yée Chong Tchi Kan / 18 février 2016

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Le patriarche Cyrille et le pape François.

Vous ne pouvez pas vous imaginer le plaisir que j’éprouve en suivant la rencontre historique du Pape François et du Patriarche Cyril, à Cuba,.. en terre communiste !

J’étais à l’école normale quand, un jour de campagne électorale, je décidai d’accompagner Mme Amelin dans un porte à porte à Tan Rouge, dans les hauts de Saint-Paul. En nous voyant devant l’entrée de sa maison, une dame est rentrée précipitamment et ressortit en tenant un Crucifix dans les mains. En 1983, nous avions vaincu Marie Therese de Chateauvieux aux Municipales de Saint Leu. Jacques Trulès, élu du PCR aux Plates, a pu obtenir du curé une cérémonie spéciale : bénédiction de son mariage, baptême et communion de ses enfants. Il était ému jusqu’aux larmes.

Nous n’avions pas vécu cet événement comme une victoire mais c’était quand même le début de la fin d’une politique d’excommunication des communistes. Combien de Réunionnais et Réunionnaises, parce qu’ils étaient adhérents au PCR, ont subi ce calvaire ? Souvent, le corps de leurs défunts étaient interdits de passage dans l’église. Beaucoup de personnes peuvent encore témoigner de ces faits. Aujourd’hui, indirectement, l’actualité rend hommage à ces communistes sincères qui ont su résister à la répression religieuse et garder leur conviction profonde.

Cette rencontre symbolique, de niveau mondial, qui a lieu après mille ans de brouille et d’affrontement entre chrétiens, place Cuba et ses dirigeants politiques aux premiers rangs d’une diplomatie d’une ère nouvelle. Dans son communiqué final, le Pape ira plus loin que les remerciements convenus, en prédisant « à ce pas, Cuba deviendra la capitale de l’unité ».

Les communistes cubains étaient-ils prédestinés à jouer ce rôle avant-gardiste ? N’oublions pas qu’ils auraient pu disparaitre sous les bombes US. Ils ont résisté au blocus économique et financier ainsi qu’à une propagande féroce des États-Unis durant un demi siècle. A n’en pas douter, nous assistons à l’avènement d’un nouveau monde, avec des convergences évidentes sur les questions sociales, économiques, climatiques, politiques, etc. A ce niveau de préoccupation, les capitales des grandes puissances sont dépassées.

Voilà bien un sujet de réflexion pour désintoxiquer les médias et ceux qui rêvent de la disparition du PCR en voyant son fantôme partout. Étaient-ils pionniers de ce nouveau monde plus égal et fraternel, ces Réunionnais [1] : religieux, laïques et communistes qui avaient tenté des ouvertures pour faire front ensemble à la dégradation d’une société qui a connu près de 200 ans d’esclavage sur 350 ans d’existence ? En tout cas, l’histoire donne raison à leurs audacieuses convergences. Que le combat continue pour le respect de la dignité réunionnaise.

Ary Yée-Chong-Tchi-Kan,
Fondation Fraternité Réunionnaise

[1Voir entre autres, le livre sur René Payet, « Quel diable de prêtre ? » Brigitte Croisier, 1996.


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