Di sak na pou di

Lendemain de fête

Témoignages.re / 27 décembre 2010

On a la gueule de bois, et, dans un demi-sommeil, on se demande : « Au fait, qu’est-ce qu’on a fêté ? ». On nous répond en chœur : la liberté !
Ah bon ! Quelle liberté ? La liberté octroyée, telle que nous la décrit, dans un forum, René Paul Victoria, ou la liberté, fruit d’un combat, telle que nous la présente le PCR ?
Est-ce que cette question a été vraiment débattue à l’occasion du 20 décembre, afin de ne pas rester dans le binaire ? Peut-être que nous pourrons la poser plus sereinement en 2011 (l’année d’Élie), quand nous célébrerons le 200ème anniversaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu.
Nos trois journaux ont bien contribué cette année à ouvrir ce type de débat. Mais il n’en a pas été de même à la télé. Si Réunion Première nous a offert dimanche soir seulement le côté festif, Antenne Réunion nous a présenté à 22h15 un curieux zambrocal de la création du GIP des Services d’aide à la personne, concocté par le Conseil général, et du 20 décembre présenté comme “journée à la mémoire des engagés” (!) le tout s’appelant “Lien social”…
On aurait pu pourtant donner du relief à la manifestation départementale célébrée plus tôt à « la Grande Chaloupe » où la journée a été rythmée par trois kabars : un “kabar la parole” avec un débat sur la cafritude à la Réunion ; un “kabar tradition” mettant en valeur nos héritages et nos héros ; et un “kabar la musique” aux résonnances outremer interdites.
Cette trilogie a donné du sens à l’évènement.
Quand on épluche les programmes proposés dans chaque commune, quatre seulement ont conjugué ces trois kabars ; onze le deuxième et le troisième ; et neuf, le seul “kabar musique”.
Sur les quatre “kabar la parole”, un seul se présente vraiment comme un débat, les trois autres donnant essentiellement le micro à des conférenciers patentés. C’est là que le bât blesse. Comme le croit fermement Patrice Pongérard, il y a une nécessaire « réparation » de l’esclavage « par la mémoire qui profiterait à toute la société » en arrêtant de « lénifier l’histoire » ou de la travestir pour « la regarder en face ».
Et nous ne pouvons que le rejoindre quand il conclut : « l’Histoire de l’esclavage, ce n’est pas seulement le 20 décembre, c’est toute l’année »… en souhaitant de faire de 2011 l’année du débat public. « Le 20 décembre triomphera »… « Quand nous débarrasserons la terre du goudron qui la recouvre » comme chante Danyel Waro.

Marc Vandewynckele


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