Di sak na pou di

Les contorsions opportunistes du MODEM

Témoignages.re / 27 avril 2012

Madame Dindar, Présidente MODEM du Conseil général, a pris hier l’initiative d’un courrier adressé aux deux candidats qui s’affronteront au deuxième tour de l’élection présidentielle. Initiative peu heureuse d’abord, car confuse jusqu’à la contradiction, évasive jusqu’à l’opacité, revendicative sans que l’on puisse cerner avec exactitude les doléances exactes que Madame Dindar souhaite présenter à MM Hollande et Sarkozy.

Ainsi, Mme Dindar fait part du « scepticisme » qui, dans toute la République, taraude, selon elle, les électeurs, à l’issue du premier tour ; « scepticisme » qui, néanmoins, se traduirait — écrit-elle — par une « posture d’espoir », alors même que la situation de La Réunion est, nous dit-elle, « trois fois pire qu’en France ». Il faut suivre.

Vient ensuite un cri d’alarme, exprimant les graves difficultés que rencontre la population. Singulièrement, cette tirade "sociale" s’achève par le reproche... d’un retard dans la mise en œuvre d’une politique de rigueur ! Selon le raisonnement de la présidente du Conseil général, il aurait donc fallu s’en prendre plus tôt aux travailleurs et aux chômeurs. Ceux qui subissent depuis 10 ans les déremboursements de médicaments, la baisse de leurs revenus et l’effondrement de leur pouvoir d’achat apprécieront. La prise de position de Mme Dindar m’apparaît aussi décalée que confuse : en effet, c’est en se plaçant en surplomb de deux candidats, qu’elle fait mine de considérer d’égale manière, que la présidente du Conseil général intervient dans le débat.

Le but est évident, et la ficelle un peu grosse : deux jours seulement après la défaite cuisante infligée à son candidat — la « bayroute », disent les moucatages péi —, Mme Dindar tente de faire oublier qu’elle a fait campagne pour le grand perdant de ce scrutin.

Dans la perspective des législatives, Madame Dindar se souvient qu’avant de se découvrir au centre, elle est une élue de droite ; tente-t-elle, par son adresse à Nicolas Sarkozy, de récupérer un électorat UMP qui, sans doute, est déboussolé par la claque reçue par le président sortant le 22 avril dernier ?

Si c’est le cas, il y a là un nouveau manque de cohérence, puisqu’en interpellant M. Sarkozy, Mme Dindar va à l’inverse du désir profond de la population. Les Réunionnais ont montré dimanche dernier qu’ils sont, sans doute, intéressés par ce que François Hollande a à dire. Mais ne se soucient guère du président sortant, que le peuple a clairement voulu renvoyer aux oubliettes de l’Histoire.

Contorsions, et tentatives de grappiller à tous les râteliers : voilà ce qui ressort de l’invitation lancée à la hâte par Mme Dindar aux deux candidats à « reformuler » leur programme pour les Outre-mers. Dans le même temps, le MODEM-Réunion fait savoir qu’il n’appellera sans doute pas à voter pour Nicolas Sarkozy : un facteur de confusion supplémentaire, imputable sans doute aux flottements de M. Thierry Robert, qui voudrait faire volte-face et surfer la vague de gauche, alors qu’il vient de faire activement campagne pour un candidat de droite.

Bref, tout cela n’est guère sérieux, et n’a pas grand-chose à voir avec la démarche d’intérêt public qui doit, selon moi, dominer les enjeux électoraux. Pour ma part, c’est sur la base d’un engagement ferme que j’ai pris le parti de soutenir François Hollande. Membre d’un parti réunionnais avant tout, j’ai pris connaissance des échanges entre le candidat socialiste et le secrétaire général de mon organisation. Sur ce fondement, et à l’instar de tous mes camarades, j’ai apporté mon soutien à François Hollande, et ce, dès l’épisode des primaires citoyennes. Ce soutien n’est pas fondé sur des considérations mouvantes, des choix de dernière minute : il est motivé par l’intérêt supérieur de La Réunion, qui mérite mieux que de tels tortillements opportunistes.

 Fabrice Hoarau 


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