Di sak na pou di

“Les insoumises”

Témoignages.re / 30 novembre 2013

La télé est capable du pire et du meilleur, le pire étant les séries policières ultra violentes où les coups de flingue règlent tous les conflits, et le meilleur étant entre autres l’émission “Les insoumises”, création de Canal+ diffusée en ce moment sur cette chaine.

Les filles, « une charge » en Inde

Nous allons d’abord en Inde où la sélection du sexe a déjà causé la mort de 13 millions de bébés du sexe féminin. Amisha témoigne, ses beaux-parents l’ont forcée à avorter 6 fois, car les échographies révélaient des filles. Aidée d’un avocat spécialisé, elle a attaqué la clinique en justice. En Inde, un slogan affirme : « Mieux vaut dépenser 5.000 roupies pour un avortement que 50.000 pour la dot ».

Pourtant, depuis 1994, il est interdit de révéler le sexe du futur bébé, mais tout se fait clandestinement et les infanticides de petites filles continuent. Malgré le jugement, la clinique est toujours ouverte. A New-Dehli, le centre de recherche sociale combat ces crimes avec manifs et spectacles de rue. Ce qui est terrible, c’est que la fille est considérée comme une charge, car la dot qu’elle doit apporter à sa belle famille est conséquente : argent, voiture, biens. Des familles s’endettent pour la payer.

C’est le fils qui met le feu au bûcher de la crémation de ses parents. Le poids des traditions est énorme. Parween a été défigurée par les morsures de son mari, car elle n’avait pas de garçon. Sa beauté a disparu, mais elle lutte pour que les autres femmes ne connaissent pas ses souffrances. Il nous faut du courage, pas de pitié, dit-elle avec force.

Au Mali, l’homme tout puissant

Au Mali, Asseitou arrive en moto dans un village pour discuter avec les femmes. Les Maliennes subissent encore l’excision (on leur coupe le clitoris) malgré son interdiction. Il y a 125 millions de femmes excisées dans le monde, surtout en Afrique. Le chef du village ne veut rien entendre sur l’abandon de cette pratique barbare.

Il déclare : « Tout ce qui se passe est décidé par l’homme, la femme n’a rien à dire ».

Les militantes vont donc de village en village pour informer les femmes et dénoncer les mensonges grossiers prétendant que le clitoris non coupé trainerait par terre... Le docteur Touré, gynécologue, fait de la chirurgie réparatrice et dénonce les dangers de cette coutume inhumaine : douleur insoutenable, car sans anesthésie, risques d’hémorragies, complications pendant l’accouchement, kystes vulvaires et souffrances permanentes dans la vie quotidienne.

Le Haut Conseil Islamique, interrogé, a été incapable de donner des preuves religieuses sur l’excision, il parle de tradition. Hélas, ce sont les femmes qui perpétuent cet acte cruel. Les courants extrémistes religieux ont accentué leur pression quand les revendications des femmes ont grandi dans les années 80. La lutte contre l’excision n’est pas terminée, il faudra détermination et patience.

La prostitution, un fléau thaïlandais

En Thaïlande, la prostitution est un fléau connu mondialement, mais il existe un trafic sexuel très important. Khun Nee, qui croyait partir au Japon pour travailler, s’est retrouvée prostituée sans argent et sans papiers, elle a réussi à s’enfuir, et de retour dans son pays, se bat pour réclamer justice pour elle et aider celles qui ont connu le même sort. Avec son avocate, elle a mené des années de combats juridiques, et après 12 ans, a été dédommagée. Elle participa à des groupes de paroles pour faire changer les mentalités, pour que le trafic sexuel soit dénoncé.

Crime d’honneur pour la femme turque

Istanbul, Turquie, dans cette ville se cache Ayse depuis 20 ans, car son frère veut la tuer, elle est victime du « crime d’honneur ». Violée par son oncle à 9 ans, elle a été mariée de force à un proxénète et sa famille considère avoir été salie par sa conduite. En Turquie, la femme est considérée comme une marchandise qui doit être propre... Une association, Tamer, lutte contre ce fait de société abominable et ses militantes vont en aide aux femmes menacées. Comme l’auteur du crime d’honneur a une réduction de peine s’il est mineur, des femmes peuvent être tuées par leur propre fils de 16 ans. Le Premier ministre turc a durci les lois contre les femmes, l’adultère est condamné, l’avortement est un meurtre, la contraception remise en question. Toute la société doit se mobiliser, disent les membres de Tamer.

« Partir dès le premier coup »

Finissons par la France. Les violences conjugales y sont importantes, une femme meurt sous les coups de son compagnon tous les 2 jours et demi.

Nous allons à l’association Escale qui accueille des victimes de violence. La jeune femme qui dénonce des coups de pied dans le ventre pendant sa grossesse devra se reconstruire, prendre conscience de ce qu’elle a vécu et réalisé qu’elle est faite pour avoir une vie heureuse, une vie de femme...

Il faut partir dès le premier coup, disent les victimes ; le violent vous détruit, vous humilie, vous fait perdre confiance en vous, vous culpabilise.

Il faut apprendre à dire NON.

Luc Frémiot, substitut général, dénonce le dysfonctionnement de la Justice, souvent une « main courante » remplace une plainte et reste sans suite, l’homme violent doit quitter le domicile et surtout être soigné pour sa violence. L’indifférence et le silence doivent cesser dans notre société face aux souffrances des femmes.

Les femmes, les oubliées de l’égalité et de la justice

Ce documentaire devrait être projeté dans les collèges et lycées et à l’Assemblée nationale pour que les députées et les députés se penchent vraiment sur les violences faites aux femmes en France. A La Réunion, on attend toujours que les députées qui se disent concernées fassent avancer le projet d’une loi-cadre qui prendrait en charge tout ce qui se rapporte aux violences : éducation, information, plaintes des victimes, accueil à la gendarmerie ; à l’hôpital, prise en charge des orphelins quand c’est le cas, traitement des violents, aide à la nouvelle vie des femmes qui se libèrent... Quelques centres d’hébergement vont ouvrir, mais ce n’est pas suffisant et la globalité du problème n’est toujours pas prise en compte.

Jusqu’à quand les femmes seront-elles les oubliées de l’égalité et de la justice ?

Marie-Hélène Berne

(Les intertitres sont de “Témoignages”)


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