Di sak na pou di

Les nouveaux habits de la vieille droite coloniale

Témoignages.re / 25 mai 2010

Dans "Valeurs actuelles" du 29 avril 2010, Didier Robert fait des déclarations qui nous éclairent une fois de plus sur ses positions. Ainsi, on lit : « Quand il parle de La Réunion, Vergès dit : “notre pays”. Moi, je dis que La Réunion est une grande région française de l’océan Indien, avec ses spécificités. Vergès était pour le créole à l’école. Moi, je préfère que les jeunes Réunionnais apprennent bien le français. Et même l’anglais dès l’école maternelle, comme c’est le cas au Tampon ! Je suis sur une ligne d’intégration à la métropole et d’insertion dans le monde. » Vergès aurait été pour le créole à l’école sans le français ? Voici une preuve de plus, s’il y en avait besoin, du discours démagogique, mensonger, paranoïaque et diabolisant qui est la marque de fabrique de la nouvelle droite conservatrice réunionnaise. L’échec scolaire important, et les études le montrent, est en partie dû au fait que les enfants de familles pauvres sont en majorité créolophones et qui, à l’école, sont confrontés à une langue qui ne leur est pas familière, le français, et qui nie l’existence de leur monde quand il ne le dévalorise pas.

Encore une fois, avec Robert, « la lang i bat ». Paroles, paroles. « L’homme est à la fois carré et rond. Carrées, la mâchoire et les épaules, rondes ses manières affables et bienveillantes », et se dit « Amateur de rugby, de jazz et de gastronomie créole » (ah ! le rougail saucisses, le cari bichiques et l’ananas de La Réunion : « Le meilleur du monde ! », dit-il avec gourmandise), mais il est incapable d’“agir”. Il suit, mais même quand il suit, il suit mal. « Je suis sur une ligne d’intégration à la métropole », dit-il, mais alors pourquoi refuser ce que font toutes les régions de la métropole ? C’est à dire des tram-trains, des centres culturels et des musées (voir l’immense succès du Pompidou-Metz), des relations développées avec le reste du monde… Même pas capable d’imiter la métropole ! Bref, paroles vides, ce que des gens qui participent au forum du journal soulignent, pointant les contradictions, les confusions et les demi-vérités, et pourtant on est à "Valeurs actuelles" !

Il répète les mêmes rengaines sur la MCUR, le tram-train, la route en corniche… Aucune pensée, aucune analyse. C’est le retour d’une Droite sans idées et sans projets. Le “petit Robert” qui se voit dans les chaussures de Debré, est en plein rêve ! Il n’est pas à la hauteur. On lit : « C’était la ligne de Michel Debré, qui fut député de La Réunion de 1963 à 1988 », et dont Didier Robert rappelle volontiers les réalisations : « Le développement des écoles, la cantine gratuite pour les enfants, les hôpitaux, tout le réseau routier… ». Didier Robert oublie de rappeler (il ne le sait peut-être pas) que ces réalisations se font d’une part dans un contexte général de modernisation en France, d’autre part sous la pression des luttes (enfin M. Robert, reconnaissez le travail des organisations féminines dans l’obtention de la cantine gratuite ! Un vrai politique se reconnaît à sa capacité d’admettre ce qu’ont fait même ses adversaires !). Debré était un homme d’État avec des idées modernisatrices. On est d’accord ou pas avec sa vision de modernisation sans projet social et culturel, mais on peut lui reconnaître cette volonté. Et finalement, Debré a été forcé de constater le bilan navrant de 300 ans de colonisation française en matière de santé, d’éducation, d’économie et d’égalité des droits. Le rapport de son père, le professeur Debré sur la santé des enfants réunionnais était sans appel !

C’est le retour d’une droite assimilatrice dont le but est une “assimilation coloniale” : ce ne sont pas les idées, les réalisations, les débats de la France qui sont l’objectif, mais l’écrasement des volontés locales d’affirmer des différences et de se construire comme partenaires égaux et responsables avec qui que ce soit en France et dans le monde. En cela, c’est une droite en retard même (le fameux décalage colonial) sur une droite qui en France commence à admettre — et du moins à débattre même de manière conflictuelle — les différences culturelles et à prendre conscience de leur importance pour la démocratie républicaine. À La Réunion, la droite de Robert est à l’avant garde d’une vieille droite tournée vers le passé, qui, maquillée sous des « manières affables et bienveillantes », vise à nous faire ramener en arrière.

Le collectif La Fournaise


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