Di sak na pou di

Les partis i pèt

Témoignages.re / 27 novembre 2012

Quand les partis i pèt, qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition, aucun citoyen digne de ce nom ne peut dire qu’il s’en fout, car si les coupables sont à chercher dans les partis eux-mêmes, les citoyens votants ou abstentionnistes y ont leur part de responsabilité.

C’est ensemble que nous devons nous interroger sur la fissure pour découvrir où est, et pourquoi, la fêlure. « Siv la pétir pour trouv la félir » , dit-on dans la sagesse créole.

La fissure est d’abord à chercher dans notre société fissurée, parcellisée, où chacun(e) a tendance à prendre parti pour ses propres intérêts ; à tirer parti de son vote en recherchant la bienfaisance de son Maire ; à choisir le parti pris du « tous pourris » qui débouche sur un certain parti.

Ce sont ces attitudes qui mettent à mal la démocratie, engendrent la guerre des kok dan lo ron , alors que c’est dans les ronds des partis qu’on devrait trouver l’apprentissage d’un pouvoir collectif, entre nos représentants et le peuple qui les ont élus.

Mais est-ce possible quand les partis ne sont plus que des machines et machineries électorales huilées par le centralisme jacobin qui a du mal à considérer la nation dans la richesse de ses diverses composantes, se réduisant à désigner artistiquement ses chefs.

Là est la source de binaire qui tue, entre une majorité d’alignement par le haut et une opposition qui n’exerce plus qu’un pouvoir de rejet ou d’obstruction.

L’alternance ne change rien à cette façon désastreuse de faire de la politique.

Le temps des militants dans les partis est bien derrière nous, quand nous nous retrouvions mensuellement, à l’échelle des quartiers, pour préparer les élections, bien sûr, et coller les affiches, mais surtout pour mettre en commun nos observations sur les demandes sociales ; alerter sur le vécu des gens, exercer notre pouvoir de contrôle, « armés de défiance et se tenant dans le doute quant aux projets et aux raisons du chef », comme disait le philosophe et journaliste Alain dans ses “Propos du dimanche et du lundi” en 1909, et chercher à reconstituer un monde commun, au-delà des mesurettes « sparadrap », concoctées par nos élus et leurs cabinets d’experts, pour se faire élire ou réélire.

Voilà pourquoi le moyen et le long terme passant à la trappe, les partis ne sont plus « les thermostats régulateurs de la démocratie représentative », comme dit Pierre Rosanvallon, et ont tué la création militante.

Soumis aux marchés et aux sondages, nos gouvernants ne souhaitent-ils pas au fond que tous se taisent, en considérant les militants comme de « simples » courroies de transmission, et les citoyens comme de « simples » électeurs.

« Si klou navé poin la tèt, tout son kor noré disparèt ». Souhaitons que nos partis existants ou en formation, qui disent croire en la démocratie, nous disent, une fois pour toutes, s’ils en ont envie.

Cela fait plus de dix ans qu’un réveil de conscientisation auquel ont contribué largement les syndicats et les associations est évident à La Réunion. Mais la concrétisation des moyens d’articulation entre élus, producteurs de biens et de services et habitants pour une démocratie en vie reste encore bien timide. Le récent « forum social » a formulé en inter-associatif des propositions. Encore faut-il qu’il y ait une volonté politique de les mettre en œuvre.

Marc Vandewynckele


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