Di sak na pou di

Les pauvres parmi nous : dedan ou deor ?

Témoignages.re / 17 décembre 2012

C’est curieux que les rapports, colloques ou lois (RMI par exemple) pour lutter contre la pauvreté se développent au mois de décembre, juste avant les fêtes, où bien évidemment des gestes de sociabilité épongeront la cruauté des réalités. La “Conférence sur la pauvreté” qui s’est clôturée le 11 décembre dernier n’a pas échappé à la règle, car il faut bien admettre que « 14,1% des Français vivent avec moins de 964 euros par mois » pour aussi vite l’oublier dans les allées des supermarchés, même le dimanche ! Le premier rapport explosif était celui de René Lenoir en 1974. Du haut en bas de l’échelle sociale anesthésiée par la croissance, c’est un choc incroyable de lire que « 10 millions de personnes composent la France retranchée sur elle-même dans ses ghettos, retranchée par les autres qui ne veulent pas la connaître ».

Et il prononce le mot d’exclusion, avec une précision bien utile : « Un français sur 10 est exclu de la croissance », sans voir à l’époque qu’à partir du moment où un employeur dit à un travailleur « Je n’ai plus besoin de toi », s’est ouvert un droit à exclure, et une dislocation de la Société. En même temps, on va voir disparaître du vocabulaire politique le mot de « fraternité » inscrit dans l’article 1 de la Constitution. Comme s’il était démodé, on va parler de « solidarité » qui peut prendre des formes paternalistes dans les chambres froides de l’État Providence.

« C’est une fraternisation active, renaissante, ouverte » qui peut empêcher le rejet de l’étranger et la mutation des inévitables réalités en « domination, exploitation, asservissement », nous rappelait Edgar Morin.

Comment repenser le lien social ? C’est la question bien posée, et oubliée depuis, par la Fondation “l’Arche de la fraternité” en 1993, qui constate une confusion entre « l’intégration » (processus d’une Société qui s’enrichit de la variété de ses différences) et « l’insertion » consistant à faire entrer dans le moule libéral ceux et celles que les institutions considèrent comme immatures, inadaptés, afin qu’ils adoptent, par le travail, les valeurs et normes du système économique et social en place. Comment ne pas y voir le vieux fonds d’assimilation véhiculé par le colonialisme ?

En fait, quand Bertrand Schwartz crée les « missions locales pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes » dans les années 80, la loi de décembre 1988 remplace le « et » par un « ou » , ce qui vient consacrer la coupure dont on continue à souffrir entre l’économique et le social. Lors d’une rencontre européenne en 1972 sur le revenu minimum, O. Palma s’inquiète : « Le danger est que cela crée des condamnés, des isolés dans la structure de la Société, dont on s’est débarrassé en leur donnant un peu d’argent ». Ce drame et ces maux se cachent dans tous les mots politiquement corrects. On apprend ainsi le 11 décembre par le Premier ministre qu’on ne doit plus dire « lutte contre l’exclusion », mais « lutte pour l’inclusion sociale » sans doute soufflé par un « conseiller » qui sait ou ne sait pas que ce mot a commencé à être utilisé en 1908 dans les mathématiques, et que sa racine latine veut dire « emprisonnement »  ! La Ré-union a congénitalement toutes les capacités d’inventer un autre modèle fraternitaire.

Cela serait un beau cadeau de 20 décembre et de Noël, si nous nous y mettions ensemble.

Marc Vandewynckele


Kanalreunion.com