Di sak na pou di

Les pères n’existent plus

Témoignages.re / 14 septembre 2009

De nombreux spécialistes s’accordent pour dire que la société réunionnaise est en grande difficulté. Sa cellule de base, la famille, est en pleine décomposition. Et le bruit médiatique ne fait qu’accentuer le phénomène. Rien que pour la semaine qui vient de s’écouler, deux faits méritent d’être relevés.
L’actuelle campagne contre le SAF (Syndrome d’Alcoolisation Fœtale) ignore superbement les pères. Seules les femmes malades alcooliques sont visées par la campagne. Comme si le fait d’être conçu par un homme malade alcoolique n’avait aucune conséquence. Comme si le papa d’un enfant en cours de gestation n’avait rien à faire si la maman s’alcoolise. Comme si l’éducation d’un enfant par un père malade alcoolique était sans conséquence. Cette campagne devrait imposer une responsabilité au papa pour protéger l’enfant qu’il a conçu avec la maman.
La lecture du supplément du "JIR" de ce samedi et intitulé imprudemment "parents-enfants" est tout simplement sidérante. Les bras m’en tombent. Pas une photo de père dans le supplément. Un titre ravageur : "Maman, je veux mon GSM" (papa n’a rien à dire, cela va de soi !). Un "test" sur l’autorité qui permet de savoir si on est bienveillante ou surprotectrice… Feuilletez donc ce supplément et cherchez la trace du père : bonne chance si vous le trouvez ! Seules concessions : le père peut choisir d’assister ou non à l’accouchement et choisir le prénom. Bref, c’est un supplément "mamans-enfants" : les enfants, c’est pour les mamans. Point barre. Les hommes : circulez !
Bien évidemment, je ne fais aucun procès d’intention ni à la campagne contre le SAF, ni aux rédacteurs du supplément. Je souhaite simplement attirer l’attention sur les dégâts que ces informations "tronquées" peuvent produire dans la tête de gens qui sont déjà convaincus que c’est aux femmes de s’occuper des enfants et pas à eux. Pire, simples géniteurs, de plus en plus privés d’emploi, ils se retrouvent sans rôle social aucun… sauf à défrayer la chronique des faits-divers pour pouvoir — enfin — exister. C’est grave.

Charles Durand


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