Di sak na pou di

Les Régionales c’est maintenant

Courrier des lecteurs de Témoignages / 19 mai 2015

Les 6 et 13 décembre prochains auront lieu les prochaines élections régionales. Un rendez-vous permettant tout à chacun de porter une meilleure connaissance de la vie publique, d’évaluer et de définir les attentes nouvelles à prendre en considération, notamment les objectifs sociaux à prendre en compte dans une économie mondialisée.

A cinq mois de ce scrutin vital pour l’avenir de notre île, chacun d’entre nous : politiques, associations, acteurs socio-économiques, culturels et sportifs, fonctionnaires, salariés du privé, observateurs, étudiants et simples citoyens, on se doit tous consacrer quelques instants pour réfléchir à notre destin et se poser la question suivante : quels seront les contours de la société réunionnaise pour demain ? Sur quelles valeurs et quelles énergies pourrons-nous compter pour construire un nouvel avenir ?

Pour savoir ce que l’on veut et comment y parvenir, encore faut – il, au préalable, dresser un bilan de la société d’aujourd’hui façonnée par cette mandature régionale qui va s’achever.

Pour cette première tribune libre, j’y consacre un thème qui m’est cher, celui du développement économique de La Réunion. D’abord parce que je suis un entrepreneur avant d’être un chef d’entreprise, j’ai donc l’amour d’entreprendre. Ensuite, parce que comme tous les Réunionnais, malgré les difficultés qu’on peut rencontrer, je rêve d’une île prospère où il fait bon d’y vivre et pour laquelle nos anciens ont tant donné.

Je ne vais pas épiloguer sur la problématique économique que tout le monde connaît, mais une chose est sûre, aujourd’hui l’industrie réunionnaise, marquée par la prédominance de l’agroalimentaire, a atteint ses limites sur le marché local. Résultat, notre industrie est contrainte d’exporter pour poursuivre son développement. Un secteur industriel composé de trois principaux types d’entreprises : les sociétés sucrières, les sociétés d’import-substitution et enfin les sociétés du BTP. Malgré tout, l’un des seuls avantages compétitifs dont dispose La Réunion tient dans sa capacité à financer les créations d’activités et des outils de production dans l’industrie et l’artisanat. Un atout d’ailleurs soutenu par le Programme Opérationnel Européen (POE) et consolidé par ses aides. Mais cela ne suffit pas. Exemple : entre 2005 et 2010, les 120 millions d’euros investis par 550 entreprises réunionnaises ont permis de créer seulement 800 emplois, soit environ 160 emplois/an. Pas suffisant pour donner de l’espoir aux 8 000 jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi. Du coup l’emploi public occupe une place importante dans l’économie locale. Résultat, depuis plusieurs décennies, La Réunion détient depuis 2013 le triste record de deux actifs sur cinq au chômage. Une catastrophe et un drame pour notre île. Quelle a été la politique de développement économique de la Région Réunion pour y remédier ?

Je ne suis pas de ceux qui considèrent que le Président de l’assemblée régionale n’a rien fait. Mais, lorsque je le vois sur son perchoir à La Région, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase de Warren Buffet, célèbre investisseur et économiste américain, « quelqu’un s’assoit à l’ombre aujourd’hui parce que quelqu’un d’autre a planté un arbre il y a longtemps ». On peut aujourd’hui légitiment se poser la question est-ce que Didier Robert a fait les bons choix ? Au regard de la baisse des investissements des entreprises, la disparition de l’esprit d’entreprendre des jeunes, du nombre croissant de demandeurs d’emplois (jeunes et moins jeunes), à l’évidence Didier Robert a été loin des réalités et des préoccupations de la population réunionnaise et s’est contenté de l’ombre de son prédécesseur en tentant de faire croire que l’avenir de La Réunion passait uniquement par la construction d’une nouvelle route du littoral. Analysons objectivement les rares sujets qu’il a portés de tout son poids durant sa mandature.

– Le tourisme avec son ambitieux projet « Iles Vanille » destiné à enfin développer un secteur porteur. En 2011, les recettes liées au tourisme représentaient 315 millions d’euros et 4,5 % de l’emploi total (INSEE). Quatre ans après, la Cour des Comptes enregistre une baisse significative des recettes de l’emploi qui ne représentent plus que 3,2 %. Dans le même temps la fréquentation touristique à Maurice et aux Seychelles a progressé de 4,5 %. Pour les professionnels du tourisme réunionnais, il est clair que le programme Ile Vanille n’a nullement profité aux Réunionnais. Quant à nos faiblesses sur le secteur, elles persistent avec un coût élevé des transports aériens, des structures d’accueil médiocres, des atouts mal exploités sur un marché très concurrentiel, un certain amateurisme et une insuffisante visibilité de notre île… Pendant ce temps, tous les jours les charmes touristiques de l’ile Maurice sont vendus par les médias audiovisuels réunionnais, ici à la population locale.

– La coopération régionale ? On n’arrive toujours pas à s’impliquer dans le marché régional de l’océan Indien. La Réunion a sans aucun doute, cinquante ans de retard dans les échanges commerciaux entre ses voisins. Il suffit de voir les échanges commerciaux entre Maurice et Madagascar, l’Afrique du Sud ou encore les Seychelles… Nous, on continue à importer et exporter (très peu) de l’Europe et particulièrement de la métropole. Alors que sur beaucoup de produits nous aurions pu penser une mutualisation des moyens en tant que plate-forme européenne pour écraser les coûts. Grâce à l’expérience acquise au travers des sociétés que j’ai créées à Maurice, Madagascar, Comores Mayotte, Mozambique, je peux affirmer avec force que la coopération est un véritable atout pour La Réunion. Nous avons un haut niveau de technologie à la fois dans le médical, l’industrie, la formation, dans l’innovation, une sécurisation financière et monétaire, une jeunesse qui ne demande qu’à s’épanouir. Combien de fois lors de mes voyages dans les pays de la zone, on m’a exprimé leur envie sur ces avantages ?

Je déplore l’absence d’une véritable culture de coopération économique de la part du Président du Conseil régional. Sa vision se limitant qu’à des célébrations festives de carnaval ou d’agrément. Or, La Région Réunion pourrait être ce facilitateur dans ces échanges économiques en permettant de mieux réguler les procédures administratives. En encourageant les jeunes Réunionnais formés à s’illustrer dans des secteurs d’activités à valeur ajoutée, tels que l’informatique, les technologies de marketing liées au Big Data (marché estimé par The Economist à 4 000 milliards de dollars dans les cinq prochaines années), aux nouvelles technologies médicales, l’agroalimentaire, le commerce équitable, aide au transport des biens et des personnes, à l’export…

L’agence française pour le développement international des entreprises, Ubifrance et la Chambre de commerce de La Réunion pourraient en ce sens unir leurs énergies pour la mise en œuvre de cette vision de la coopération régionale. Ainsi, par ces échanges et partages de richesses et de savoirs faire, on mettrait sur rails de véritables bases du développement économique, une nouvelle culture de l’audace pour lutter contre les effets de l’assistanat et une sociabilisation de l’innovation. Nous en sommes malheureusement encore loin…

Que dire de l’absence de notre île dans le plan de relance économique par l’investissement prôné par Jean-Claude Juncker, président de la BEI (Banque Européenne d’investissement). Celle-ci vient d’annoncer les premiers projets financés par le Fonds européen d’investissement stratégique (FEIS) en mobilisant plus de 315 milliards d’euros sur 3 ans. Ce programme, basé sur la logique du capital – risque, mise sur la distribution de 4 milliards d’euros dès cette année. Encore faut-il avoir des projets structurants, autre que celle de la nouvelle route du littoral dont je consacrerai ma prochaine tribune.

La foi accompagnée de l’audace, la croyance est synonyme de réussite. Cette sportivité oubliée pour certain doit revenir ‘’au galop’’ et surtout dans l’application, car la dignité de l’individu ne peut s’y soustraire.

Guyto Narayanin
Citoyen entrepreneur Chef d’entreprise


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