Di sak na pou di

« Les requins restent confinés à leur milieu naturel et ils n’investissent jamais le nôtre »

Témoignages.re / 4 octobre 2011

Sur le site de Sea Shepherd France (http://www.seashepherd.fr/france/news-110929-01.html), sa présidente apporte un éclairage différent sur les récents accidents qui ont endeuillé La Réunion. Elle remarque que dans d’autres pays, il est bien compris par l’ensemble des surfeurs et autres pratiquants d’activité dans les mers habitées par les requins que ces derniers sont dans leur habitat naturel. Ce point de vue se détache de l’émotion et replace ce type d’événement dans son contexte.

« En tant que femme française, je suis profondément choquée de l’attitude de certains de mes concitoyens réunionnais. En effet, on dirait bien qu’une partie des surfeurs de la Réunion ne soient rien d’autre qu’une bande de froussards vindicatifs.

Le 19 septembre dernier, un requin a attaqué et tué le bodyboarder Mathieu Schiller, âgé de 32 ans. Cet accident est une tragédie que nous regrettons tous mais il ne s’agissait aucunement d’un acte de malice. C’est le genre de chose qui peut arriver. Pour un requin, vu de dessous la surface, un homme sur une planche ressemble à s’y méprendre à la silhouette d’un phoque. Les phoques et les requins font partie de ce milieu naturel et les phoques sont la proie naturelle des requins. Et même si les phoques ne sont pas présents dans l’île de la Réunion ils font néanmoins partie des proies naturelles des requins. Les surfeurs en revanche ne font pas partie de l’écosystème marin.

Les requins restent confinés à leur milieu naturel et ils n’investissent jamais le nôtre. Le nombre moyen de personnes tuées chaque année par les requins dans le monde est de cinq. À titre de comparaison, les autruches tuent en moyenne une centaine de personnes par an, ce qui veut dire que les autruches sont vingt fois plus dangereuses que les requins. Et pourtant on ne voit pas beaucoup de gens crier au scandale et exiger la “chasse préventive” des autruches...

En fait, n’importe quel joueur de golf s’avère être plus courageux et viril que ce petit groupe de surfeurs réunionnais qui semble faire la loi sur l’océan Indien. Ce groupe s’il n’est pas représentatif de la communauté des surfeurs réunionnais est néanmoins celui qui se fait le plus entendre et c’est regrettable.

Sea Shepherd Conservation Society est soutenue par de nombreux surfeurs dans le monde. Kelly Slater et Dave Rastovich, deux des meilleurs surfeurs au monde, font partie de notre bureau de conseillers. Nous avons trois plongeuses qui nagent régulièrement avec des grands blancs et des requins-tigres et nos équipages surfent et nagent avec des requins à longueur de temps.

Mais sans doute est-ce parce que nous ne sommes pas faits du même bois que ce groupe de surfeurs pleurnichards de la Réunion qui s’est lancé dans cette chasse aux sorcières, en quête de vengeance, suite à l’attaque récente de l’un des leurs. L’expédition punitive a déjà commencé avec la mise à mort hier matin (NDLR - 29 sptembre 2011) d’un premier requin-bouledogue d’un mètre quarante-quatre. L’arrêté préfectoral soutenu par une grande partie des surfeurs autorise l’abattage d’une dizaine de squales.

Comparez donc cette réaction à celle de la jeune adolescente Hannah Mighmal, alors âgée de quinze ans, mordue par un requin en Tasmanie, il y a deux ans. La première chose qu’elle fit fut de déclarer publiquement qu’elle ne voulait pas que l’on tue de requins en représailles, car ils ne sont pas fautifs. Nous lui avons remis une médaille et Kelly Slater l’a personnellement félicitée pour avoir compris que les surfeurs se doivent de respecter la Nature et non, la mépriser. Ou encore le cas de ce membre de Sea Shepherd, mort récemment à la suite d’une attaque de requin. Il avait dit à ses parents que si un requin s’en prenait un jour à lui, il ne voulait pas qu’on cherche à le venger et qu’au contraire, il souhaitait que tous les soutiens qu’ils pourraient recevoir soient reversés à Sea Shepherd pour nos campagnes de protection des requins.

Chaque année, les humains exterminent 90 millions de requins, une grande partie d’entre eux voient leurs ailerons arrachés avant d’être rejetés à la mer, promis à une mort lente et douloureuse. Les requins sont une espèce essentielle à la santé de nos océans et seuls des ignorants peuvent souhaiter les voir disparaître. Si nous éliminons les requins, nous détruisons l’intégrité écologique des océans et si les océans meurent, nous mourrons avec eux. Ce qui veut dire aussi, plus de surfeur boys...

En tant que femme française, je reste perplexe devant ces pseudos surfeurs français qui réclament le lynchage des requins dans les eaux réunionnaises quand une vraie surfeuse comme la jeune Hannah Mighmal, âgée de quinze ans, a le courage et la sagesse d’accepter la responsabilité qui est la sienne, lorsqu’elle prend le risque conscient et volontaire de surfer dans l’habitat naturel des requins, littéralement déguisée en la proie naturelle des squales.

Qu’il est insultant à la mémoire de Mathieu Schiller que le massacre de ces magnifiques créatures soit mené en son nom ! Mathieu Schiller était un grand surfeur et, en tant que tel, je présume qu’il respectait la mer et les magnifiques créatures qui la peuplent - requins y compris. Comment vous, surfeurs de la Réunion pouvez-vous croire faire honneur à la mémoire de ce grand homme, de ce talentueux surfeur en menant cette campagne indigne de vengeance à l’encontre d’une créature cruciale et magnifique qui n’a rien fait d’autre que de se comporter de manière naturelle. Après tout, les requins ne nous pourchassent pas sans pitié par millions pour concocter un bol de soupe. Ils ne sont ni destructeurs, ni vindicatifs comme nous le sommes avec à peu près tout ce qui vit dans les océans.

Faites donc ce qui est juste pour Mathieu Schiller. Honorez sa vie au lieu de déshonorer son nom avec votre insensée chasse aux sorcières à l’encontre de créatures qui ne méritent pas un tel sort ».

Lamya Essemlali
Présidente de Sea Shepherd France


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