Di sak na pou di

« ... Les riches toujours plus riches... »

Témoignages.re / 4 août 2010

J’entends toujours le père Cardonnel crier sa colère contre ce monde injuste, profondément inégalitaire, dénonçant le fossé béant entre « les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres » et je revois sourire une ou deux personnes dans l’assistance, comme si elles voulaient mettre en doute sa parole. Ce qu’elles se refusaient à voir, c’était la réalité, –la sordide et cruelle réalité-, que les puissants et leurs représentants cherchent toujours à nous cacher.
L’organisation des Nations Unies a beau tirer la sonnette d’alarme : en 1960, trois super riches possédaient à eux seuls une « fortune supérieure à la somme des produits intérieurs bruts des 48 pays les plus pauvres, soit le quart de la totalité des Etats du monde » ; « 20% de la population mondiale vivant dans les pays les plus riches avaient un revenu 30 fois supérieur à celui des 20 % les plus pauvres » ; en 1995, ce revenu était 82 fois supérieur ! Ce qui représentait, à l’échelle de la planète, trois milliards d’habitants -près de la moitié de l’humanité- qui vivaient, ou plutôt survivaient, avec moins de deux euros par jour ! Aujourd’hui, sur une population de six à sept milliards, un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants sont menacés de mourir de faim et deux milliards souffrent de malnutrition. Et cependant, juste en face, si l’on peut dire, derrière le grand mur d’indifférence, une poignée de milliardaires, avec en tête le mexicain Carlos Slim, le magnat des télécommunications, dont la fortune est estimée à 53,5 milliards de dollars et qui vient de battre sur le poteau, de 500 millions de dollars seulement, l’américain du nord, Bill Gates, l’un des cofondateurs de Microsoft.
On entend souvent dire que la terre est trop petite pour nourrir tous ses habitants. Faux ! Jamais les denrées alimentaires n’ont été aussi abondantes. Les calculs ont été faits, par les services de l’ONU justement. Il y aurait actuellement de quoi permettre à chacun de disposer d’au moins 2700 calories par jour. Mais que la route est longue et périlleuse avant que la nourriture n’arrive jusqu’aux destinataires ! Car les brigands et les chefs d’Etat cupides, veillent pour s’en servir sans vergogne, pour en faire un odieux trafic. Et au final 9 millions de personnes meurent encore de faim chaque année.
Cette situation est-elle fatale ? « Absolument pas », nous répond Ignacio Ramonet, l’ancien éditorialiste du "Monde diplomatique" qui a étudié de près la question. Car, toujours selon les Nations Unies, « pour donner à toute la population du globe l’accès aux besoins de base (nourriture, eau potable, éducation, santé), il suffirait de prélever sur les quelques (300) plus grosses fortunes moins de 4% de la richesse cumulée, soit à peine ce que les habitants des Etats-Unis et de l’Union européenne dépensent par an en consommation de parfums ». Mais pour atteindre ce résultat, il faut changer les choses du tout au tout : ne pas permettre au marché d’organiser lui-même la société, comme il en a l’habitude, à son propre service, en laissant mourir de faim des millions d’hommes ; ne pas accepter, par exemple que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international puisse dicter aux pays émergeants leur politique agricole, en les incitant à faire pousser en priorité les cultures d’exportation parce que plus rentables en devises. Et si Monsanto envoie si généreusement son maïs transgénique à Haïti, ce n’est pas sans calcul.
Ce qu’il faut mettre en place, et de toute urgence, car le monde court à la catastrophe, c’est « un Etat qui soit à la fois sensible aux besoins de tous ses citoyens et préoccupé, à l’échelle planétaire par le développement de toute l’humanité », pour répondre au vœu si cher du professeur Amartya Sen, prix Nobel d’économie.

Georges Benne


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