Di sak na pou di

Les signes avant-coureurs du communautarisme : La Réunion en danger ?

Témoignages.re / 10 mai 2014

La venue de Jean-Marie Le Clézio récemment dans notre île et les retombées médiatiques de son séjour ont relancé le débat sur l’interculturalité ainsi que la nécessité pour les Réunionnais d’être vigilants sur les questions fondamentales des échanges interculturels, du respect de la diversité culturelle, des dangers du communautarisme et du racisme larvé qui imprègne encore les sociétés des îles Mascareignes, même si elles font figure de modèles pour les sociétés occidentales où le communautarisme est devenu une réalité… S’il est vrai que les institutions réunionnaises, en particulier le Conseil Général, le Conseil Régional, le groupe de dialogue interreligieux et l’Université de La Réunion, avec pour cette dernière La Chaire de l’Unesco, oeuvrent depuis plusieurs décennies pour consolider et renforcer les valeurs de notre société interculturelle, les signes avant-coureurs d’une évolution communautariste sont de plus en plus visibles, de plus en plus audibles et nous interpellent tous, quelles que soient nos responsabilités…

J’attire publiquement l’attention des autorités politiques et de la population réunionnaise sur les risques de dérives sectaires pour ne pas dire racistes qui menacent notre Ile de La Réunion interculturelle, présentée comme un modèle dans le monde. L’indifférence et le refus de prendre en compte les signes avant-coureurs engagent notre responsabilité de Réunionnais. Il suffit d’écouter tous les matins les émissions de certaines radios privées où les auditeurs, malgré les précautions des journalistes, expriment leur xénophobie, particulièrement à l’encontre des Comoriens, des Mahorais, des Malgaches…

J’ai été interpellé dans un quartier de Saint-Denis – quartier des Camélias, au début des rampes de Saint François – par des inscriptions racistes à proximité d’un arrêt d’autobus, très fréquenté par des jeunes scolaires et la population de ce secteur. Les photos parlent d’elles-mêmes ! Comment ne pas être choqué par la violence les mots utilisés qui nous renvoient à l’époque brutale de l’esclavage du racisme colonial ? Trois jours plus tard, une nouvelle inscription en réaction à « l’animalité » des Comoriens, comparés à des singes, s’exprime par ces mots aussi violents : « Kréol crève »… Ces deux actes individuels sont certes isolés, mais comment ne pas être inquiets ? J’ai demandé au maire de Saint-Denis de réagir et d’effacer ses instructions insultantes et blessantes. À notre niveau, celui de la Chaire UNESCO, nous nous engageons à agir plus que jamais pour combattre l’intolérance et le racisme. Être silencieux et laisser faire c’est être irresponsable et même coupable…

Le 20e anniversaire en 2014 du programme de la route de l’esclave dans le monde mis en œuvre par l’UNESCO pour promouvoir la connaissance de l’histoire de l’esclavage, le respect de l’Autre, la richesse de nos sociétés interculturelles doit être l’occasion pour nous de relever le défi d’accomplissement d’un monde solidaire, respectueux de la diversité culturelle et religieuse, facteurs de paix pour les générations à venir. La population réunionnaise, riche des cultures du monde, doit être exemplaire…

 Sudel Fuma
Directeur de La Chaire UNESCO de l’Université de La Réunion
 


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