Di sak na pou di

Les Verts, chronique d’un échec annoncé

Témoignages.re / 19 mai 2010

En décembre 2009, dans un papier intitulé “La dérive identitaire des Verts”, je pronostiquais un coup d’arrêt brutal à la dynamique électorale des écologistes initiée aux Européennes quelques mois plus tôt. En effet, l’OPA réalisée par Vincent Defaud sur le parti vert et surtout sa volonté d’en être à n’importe quel prix, au risque de la division, la tête de liste aux Régionales en lieu et place de candidats écologistes reconnus comme tels ne pouvait que mal augurer de l’avenir. Confirmation le 14 mars, Europe Ecologie Réunion, malgré le joker Vanessa Miranville, finit très loin des 15% que Defaud, imbu de sa personne, avait imprudemment pronostiqués durant la campagne. L’échec est même cuisant puisque la liste ne franchit pas la barre des 5%, et de quatrième force politique réunionnaise en 2009, elle tombe en 2010 à la huitième place juste devant Aniel Boyer.
Dogmatique et dépourvu de charisme, Defaud a certes une large responsabilité dans cette défaite puisqu’il aura dit tout et son contraire entre le début et la fin de la campagne, notamment sur la MCUR, Françoise Vergès ou sur le tram-train, mais sa personnalité n’est pas seule en cause. En effet, Thierry Denys, son directeur de campagne, cadre dirigeant venu du monde de l’entreprise, a développé une stratégie hésitante et confuse qui a fini par désorienter un électorat pourtant prêt à voter pour le “logo” officiel d’Europe Ecologie quelle qu’en soit la tête de liste. Sa première erreur a été de se positionner, comme les dix autres candidats, quasi uniquement contre le programme de l’Alliance. En ciblant l’électorat anti-Vergès, en comparant ce dernier à Georges Frêche en pire et en l’accusant d’être responsable du « retard colossal » de La Réunion dans le domaine du développement durable, Europe Ecologie “a fait du Didier Robert” sans pouvoir espérer en tirer les mêmes bénéfices électoraux. Mais ce n’est pas tout. La stratégie de communication marketing menée par Thierry Denys étant centrée sur le “produit” Vanessa Miranville, on a ainsi eu droit à Vanessa déguisée en infirmière, Vanessa affublée d’un large chapeau vert, Vanessa pédalant dans des publi-reportages, Vanessa relookée différemment à chaque passage télé, etc. C’est peut-être sympathique, mais cela ne fait pas un programme politique. Annoncer un jour aux médias qu’une « vague verte » doit déferler sur Saint-Denis là où il n’y aura finalement que quatre militants distribuant des tracts à des passants réticents, organiser devant le Conseil régional la diffusion d’une parodie ratée de “Témoignages” pour rappeler que les vrais écolos, c’est les Verts et pas Paul Vergès, tout cela ne contribue pas à être pris au sérieux. En pleine campagne électorale, alors que la question du financement du tram-train est au centre des débats, les Verts, conscients de n’avoir aucun projet original dans leur programme par rapport au tram-train de l’Alliance et aux 2.000 éco-bus de Didier Robert, jouent un coup publicitaire en annonçant leur projet de TGV, le Train Gratuit Vert. Cela va hélas très vite se révéler catastrophique et achever de les discréditer puisque ni Miranville, ni Defaud, dépourvus d’arguments sérieux, et pour cause, ne pourront justifier, face aux questions des journalistes, la viabilité d’un tel “projet”. Bref, Europe Ecologie a perdu faute de stratégie, faute de tête de liste crédible et faute d’un véritable programme. Le récent communiqué de Mlle Miranville condamnant la décision des Prud’hommes de se déclarer incompétents face au recours engagé par les ex-salariés de l’ARAST, ce qui traduirait, selon elle, « la faillite de notre système politique et juridique », confirme malheureusement ses carences dans la maîtrise d’un dossier aussi complexe. Si les Verts sont ignorants du droit du travail et si la question sociale leur demeure visiblement étrangère, en réclamant la démission de la Présidente du Conseil général, ils démontrent cependant que loin de « faire de la politique autrement », comme ils le serinent régulièrement, ils sont capables eux aussi de démagogie et de faire de la récupération politicienne en essayant de surfer sur le malheur de salariés licenciés. Pour convaincre à l’avenir les électeurs, ils ont intérêt à travailler leur point faible, l’écologie politique.

Richard C.


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