Di sak na pou di

Les vrais maîtres du pouvoir

Témoignages.re / 3 septembre 2010

Le pouvoir n’est plus entre les mains de ceux qu’on appelle les chefs d’État. C’est l’amère expérience que nous vivons avec Barak Obama et les millions d’hommes et de femmes de son pays comme de tous les autres, qui avions placé en lui tous nos espoirs depuis son élection à la présidence des États-Unis.
À deux mois des législatives, fixées au 2 novembre prochain, donc à mi-mandat, nous nous demandons avec anxiété ce qu’il adviendra de son programme qu’il avait si vaillamment défendu au cours de la campagne. Que restera-t-il en définitive de son principal engagement de faire basculer le chômage, véritable fléau qui mine le pays ? « Lorsque j’ai pris mes fonctions, nous avions déjà perdu plusieurs millions d’emplois, et nous étions sur le point d’en perdre plusieurs millions de plus », a-t-il assuré lors d’une visite récente en Ohio, mettant l’accent sur « les mesures d’urgence » avec le plan de relance de 787 milliards de dollars, qui auraient permis, selon lui, d’éviter le pire. Mais force est de constater, comme lui, que « les progrès n’ont pas été assez rapides », la croissance n’étant toujours pas au rendez-vous. Avec le chômage, les coupes sombres dans les budgets des États, la déprime dans l’immobilier… les Américains sont de plus en plus gagnés par l’inquiétude. Il est vrai que la crise financière est passée par là, mais elle était prévisible bien avant son arrivée au pouvoir et elle est due, ne l’oublions pas, au système capitaliste lui-même qui pousse les chefs d’entreprises, les capitaines d’industrie et de la finance dans une course effrénée pour le profit sans aucune autre considération. Que restera-t-il également de cette réforme de l’assurance-maladie, l’un des projets phares du candidat Obama, qui devait mettre un terme à cet énorme scandale d’un système de santé profondément injuste, qu’il avait dénoncé pendant la campagne en évoquant « l’histoire de (ces) gens qui travaillent dur et sont pris en otage par des compagnies d’assurances refusant de les couvrir, ou annulant leur police quand ils en ont le plus besoin, ou leur réclamant des primes qu’ils ne peuvent payer en échange de soins désespérément nécessaires. Nous avons un système de santé qui fonctionne mieux pour les assureurs que pour le peuple américain » ? Impossible d’y toucher tant que les lobbies industriels et financiers montent la garde car, comme le souligne le directeur du “Monde diplomatique”, Serge Halimi : « imposer quoi que ce soit aux banques, aux compagnies d’assurances, à l’industrie pharmaceutique relève de la gageure ».
Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, le président n’a pas les mains libres : il est sous la coupe de ces groupes de pression, aidés de leurs multiples réseaux. Par leur argent et leur influence, ils atteignent jusqu’au plus haut sommet de l’État et pour défendre les privilèges des grands groupes industriels et financiers, ils sont prêts à tout : travailler l’opinion en leur faveur, gripper les rouages de l’administration, intervenir auprès des membres du Congrès et finalement, paralyser littéralement le chef de l’État, ne lui laissant que le titre honorifique de président. Car il ne fait aucun doute que le pouvoir réel leur appartient désormais, qui phagocyte toute tentative de développement du pays et freine tout progrès social : l’offensive menée contre la réforme de la couverture-maladie parle suffisamment d’elle même. L’ancien directeur du “Monde diplomatique” Ignacio Ramonet avait vu juste lorsqu’en décembre 1997, il y aura bientôt 13 ans, il lançait cet avertissement : « Le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique majeur si l’on veut éviter que le monde du siècle avenir ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront la loi ».

 Georges Benne 


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