Di sak na pou di

Lettre à mon cousin Navin.

Témoignages.re / 22 avril 2011

Mon bon cousin,

À ton âge et avec les fonctions qui sont les tiennes, tu devrais le savoir : on ne rapporte jamais ce que d’autres disent. Quand bien même s’agirait-il d’un président de la République. Cela ne se fait pas, ce n’est pas correct comme tu dis chez toi. Cela fait des la-di-la-fé et c’est toujours le rapporteur — d’autres diraient « petit télégraphiste » — qui est coupable de tous les maux de la terre et qui est agoni.

Tu devrais le savoir, mais ne le répètes pas puisque c’est entre nous : il n’y a de cocu(e) — excusez-moi mesdames — non pas celui au fait de sa déconvenue, façon de parler, mais celui à qui on le dit. Devant témoin de surcroît, et pire en public. Le problème que tu as soulevé — « l’assistanat » — relève de la même… sensibilité. Et tu as reçu une volée de bois vert. Même de bois fendu.

Chacun y est allé de son indignation (de circonstance, cela va de soi) : de quoi tu te mêles, et puis « le plus assisté n’est pas celui qu’on croit », sans oublier que tu t’enrichirais grâce aux assistés !! Çà volait pas haut je le concède. Un véritable concert de faux-culs pour la plupart.

Ah ! Si tu n’avais pas été QUE le cousin, l’indignation aurait été moins grande, voire rentrée… Comme on sait si bien le faire devant ce qui nous vient du nord, de nos grands cousins, qui se prennent pour des grands frères, voire des parrains. Je me souviens d’un autre président pour qui nous étions des « danseuses » : seule l’opposition avait protesté, les autres lui avaient trouvé mille excuses. Un autre, Premier ministre cette fois, déclarait, arrivant ici, qu’il n’était pas le père Noël. Ou encore qualifiait nos îles de « Monaco de l’océan Indien » : de l’eau sur une feuille songe ! Plus récemment, une ministre de l’outre-mer ne disait-elle pas, parlant des patrons de La Réunion, parmi lesquels les plus grands, qu’ils « pleuraient la bouche pleine » ? Même pas une tempête dans un verre d’eau. Personne d’ailleurs ne doit encore s’en souvenir. Mais toi, tu n’es QUE le cousin et de surcroît tu joues les « petits télégraphistes ». Et puis… Mieux vaut ne rien dire, mais tu as compris

L’assistance, « l’assistanat », vois-tu, tout le monde en parle à La Réunion. Mais bien sûr, celui qui en parle, en général, n’est jamais un assisté. L’assisté, c’est l’autre. Tous les autres, mais jamais soi-même. Surtout les plus pauvres, les allocataires du RMI, les chômeurs, ceux qui restent « sur le bord de la route ». Il n’y a pas de mots assez forts pour les stigmatiser. Si tu étais ici au début du RMI, tu aurais vu. Pire que la petite vérole sur le bas clergé breton : chacun y allait de son couplet sur l’assistanat. Oubliant que par leur nombre et la masse financière qu’ils représentent, et qu’ils consomment presque en totalité, ils contribuent davantage que d’autres à l’économie de La Réunion. Beaucoup plus que ceux, hauts cadres, « décideurs » aux salaires ministériels (de France, pas de chez toi) qui ont trouvé l’astuce : ils travaillent toute la semaine à La Réunion vivent chez toi. Il n’y a pas de petites économies. Y compris sur les billets d’avion qu’ils prennent le vendredi soir dans un sens et le lundi matin dans l’autre, et qu’ils paient au prix… « Mauricien »’ !

Mais, rassure-toi, tout ce tapage médiatique, toute cette gesticulation, s’arrêtera. Comme me disait mon vieux tonton, mort depuis : « i saute en l’air, i saute en l’air, mais i artombe toujours à terre ! » Cela est si vrai qu’à peine quelques jours après ton rapportage, on se félicitait ici du prix avion de l’aller-retour Réunion-Maurice qui allait tomber à… 90 euros ! Et gageons que la promotion d’Air Mauritius connaîtra un grand succès : ils « pleurent la bouche pleine » dirait cette brave ministre !

Cela dit, sache-le tout de même, je ne suis pas dupe. Lorsque, chez toi, tu as parlé de l’assistanat (des autres, bien sûr), c’était pour les besoins de ta propre politique intérieure. C’est à tes compatriotes que tu t’adressais. Pas aux Réunionnais. Et pour leur dire quoi ? Sinon qu’il fallait « travailler plus pour gagner moins » ! N’est-ce pas ?

Comme quoi, vois-tu, la fréquentation de notre hyper-président a déteint sur toi. Là, tu es en parfaite harmonie avec lui. Et tu as utilisé tes cousins de La Réunion, n’hésitant pas à les humilier, pour servir tes propres objectifs. Cela n’est pas bien non plus. Pas « correct » ! Mais je fais confiance à mes cousins et mes cousines de chez toi pour ne pas être dupe et pour te le dire. Et te le faire comprendre.

Voilà, mon bon cousin, ce que je voulais te dire. Mais sache-le tout de même je ne suis pas très fier de tes propos. Et, bien sûr, de toi.

Mais cela dit, porte-toi bien !

Georges-Marie Lépinay  [1]

[1(Juste pour toi qui habite dehors et qui ne le sais pas : ancien secrétaire général de la CGTR et même ancien Conseiller régional.)


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