Di sak na pou di

Lettre ouverte à Mme et MM. les Maires qui briguent un mandat de Député de La Réunion

Témoignages.re / 2 juin 2012

Madame et Messieurs les Maires, Chers compatriotes,
Nul n’ignore que dans le programme du candidat socialiste, une loi devrait être votée, en cas d’élection à la présidentielle, aux fins de prohiber le cumul des mandats.
Nous en connaissons maintenant le résultat et le désir du Président Hollande de tenir ses promesses de campagne en la matière.
Veuillez ainsi considérer la charte déontologique signée par les trente-quatre membres du gouvernement lors du premier Conseil des ministres du 17 mai dernier, et qui précise que fin juin, nul ministre élu député ne pourra cumuler ces deux charges, fonction et mandat.
Pour les autres, le mandat parlementaire pourra être simplement cumulé avec un mandat local, mais pas un mandat d’exécutif local, selon les paroles du candidat Hollande le 28/09/2011 (RMC).
En cas de finalisation de cette promesse de campagne, et tout concourt à indiquer qu’une disposition législative sera adoptée rapidement, nous nous trouvons à La Réunion comme ailleurs dans une difficulté nouvelle offerte à la bonne intelligence du débat et à l’établissement de la règle du jeu.
En effet, vous n’êtes pas moins de dix édiles municipaux à vous présenter au suffrage les 10 et 17 juin prochains, dix édiles qui auront pour vocation à démissionner, semble-t-il, soit de leur mandat de maire, soit de leur tout nouveau mandat de député.
Ainsi, Mme Bello, Maire de Saint-Paul, M. Langenier, Maire du Port, M. Payet, Maire du Tampon, M. Lebreton, Maire de Saint-Joseph, M. Eric Fruteau, Maire de Saint-André, M. Jean-Claude Fruteau, Maire de Saint-Benoît, M. Lagourgue, Maire de Sainte-Marie, M. Gironcel, Maire de Sainte-Suzanne, M. Lacouture, Maire d’Etang-Salé, M. Robert, Maire de Saint-Leu, il vous appartient d’exprimer publiquement quel mandat vous comptez abandonner, de celui de Maire ou de celui de Député de La Réunion, en cas d’élection à l’Assemblée nationale. La loyauté envers chaque électeur appelle et exige que chacun d’entre vous précise ses intentions, de façon que nous comprenions si nous devons opter pour le suppléant d’un(e) député(e) éphémère, ou si nous devons nous préparer à un jeu de chaises musicales — avec les surprises, bonnes ou mauvaises, que chacun peut imaginer — que nous n’aurions pas appelé de nos vœux dans les communes que vous administrez.
Pour l’électeur, l’interrogation devient celle-ci : si je vote aux législatives en faveur du maire qui a mes vœux, n’est-ce pas son suppléant que je dois d’abord envisager, qu’il soit ou non à la hauteur de sa possible mission ?
Si par ailleurs je vote en faveur de l’édile estimé qui a ma préférence pour me représenter à l’Assemblée nationale, n’est-ce pas pour mieux priver la commune dont il a l’administration de son mandat de maire au profit d’un maire adjoint que je n’aurai de toute façon pas choisi, qu’il soit ou non à la hauteur de sa possible mission ?
Tout cela mérite, de la part de chacun, un éclaircissement qui sera un engagement.
Eu égard à l’importance capitale de la crise que nous traversons dans l’histoire récente de notre pays et dans celle du monde, compte tenu des enjeux auxquels l’Assemblée nationale aura à faire face dans les cinq prochaines années, et je rappelle que la survie de l’Europe est en question, le rôle de chaque député sera d’une importance considérable à la fois pour La Réunion et pour la France.
Vous n’avez pas la possibilité éthique de nous abuser, ni de vous abuser vous-mêmes.
Votre obligation morale et politique est de nous dire à quoi nous attendre si nos suffrages portent sur vos personnes.
Je vous invite, ou mieux, je vous défie, à répondre publiquement à cette question dans les tout prochains jours.

Marius Enjolras


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