Di sak na pou di

Lettre ouverte à Mme le député, Jacqueline Farreyrol

Témoignages.re / 16 mai 2011

Madame le Député,
Invitée sur le plateau de « Face à l’info » ce dimanche sur Antenne réunion, vous avez été interrogée sur la suffisance de la célébration de notre Histoire, marquée par des siècles d’esclavage et de colonialisme. Nous avons appris qu’en vue des nombreuses fêtes organisées dans l’île le 20 Décembre, le travail de mémoire est selon vous suffisant, avant d’ajouter que l’équipe de l’IRT ne manquera pas d’aller fêter l’abolition de l’esclavage à Paris en fin d’année. Nous sommes ravis de l’apprendre et nous vous souhaitons, d’ores et déjà, un beau séjour.
Par ailleurs, nous avons été forcés de constater que vous ne vous sentiez pas très à l’aise sur les dates et ce qu’elles représentent. Nous nous permettons donc, avant tout autre chose, d’éclaircir la situation en vous offrant, bon cœur, quelques rappels historiques.
Oui, Madame Farreyrol, le 10 Mai 2001, une loi mémorielle, proposée par Madame Taubira a été adoptée à l’Assemblée Nationale, vous savez, l’instance où vous êtes élue… euh, pardon… nommée.
Mais ce n’est pas une fête, ceci expliquerait peut-être pourquoi l’IRT que vous présidez ne s’est pas manifesté. Ce n’est pas une fête, non, c’est bien plus que ça. Parce que cette loi du 10 Mai 2001, reconnaît la traite négrière ainsi que l’esclavage, comme crime contre l’humanité.

Cette loi, bien plus qu’une simple date, c’est un tournant historique, une reconnaissance du rôle de la France dans l’histoire de l’esclavage. Il ne s’agit pas de montrer un Etat du doigt pour ce qu’il a pu faire mais, c’est une réparation, car l’Histoire de France est bien trop souvent considérée uniquement sous son angle glorieux alors qu’à un moment, la France, par des lois, a réduit des femmes et des hommes, à des meubles. Cette loi, c’est aussi celle qui invite à développer la recherche sur ces sujets, à enseigner ces heures sombres de notre histoire à l’ensemble des français.
Cette loi, c’est celle qui après des années marquées par le colonialisme nous invite à faire le chemin inverse, celui de la décolonisation des pensées. Cette loi, votée le 10 Mai 2001, a entraîné, par la suite, l’instauration d’une journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. C’est donc, contrairement à ce que vous avez déclaré, la même date pour toute la France, pour tous les départements d’outre-mer.
Voilà pour le rappel historique. Venons-en à la célébration de l’Histoire. Oui, comme vous l’avez dit, le 20 Décembre est célébré en grande pompe à La Réunion et nous pouvons nous en féliciter. Cependant, au-delà du côté festif, le travail doit continuer pour que cette date ne soit jamais réduite à une simple fête.

Mais le plus grave n’est pas là… Nous venons de fêter le 10 anniversaire de la loi Taubira. Comme je l’ai expliqué ci-dessus, un moment historique.
Mais combien de manifestations ont eu lieu dans notre île ? Officiellement, deux, dont une conférence-débat organisée par l’AJFER.

Quels ont été les gros titres de tous les journaux ? Les trente ans de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la république.
Quelle place est donnée à l’enseignement de notre Histoire dans les programmes scolaires au lycée ? 2h par an et selon la bonne volonté du professeur.
Quels sont les moyens donnés aux laboratoires de lettres pour que des recherches soient effectuées ? De moins en moins, sur décisions politiques.
Voici que quelques exemples qui peuvent aisément nous emmener à penser que notre Histoire n’est pas suffisamment connue et célébrée. Nous convenons cependant que dans nous évoluons dans un contexte qui n’est pas favorable à l’apprentissage de notre passé même si dans notre société paralysée par un problème d’identité réunionnaise, c’est une question fondamentale.
Madame Farreyrol, vous êtes une élue de La Réunion, vous siégez à l’Assemblée nationale, là-même où se votent les lois de ce genre, vous présidez l’IRT, qui a pour mission la promotion de La Réunion et donc de sa culture à travers le monde.
Madame Farreyrol, c’est dans ces circonstances que nous ne pouvons laisser passer de tels propos et que nous nous sommes portés volontaire pour vous faire un petit cours d’histoire. La solidarité intergénérationnelle, c’est aussi ça.
Madame la député, l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion ose espérer que vous saurez faire preuve de responsabilité et de clairvoyance sur ce sujet à l’avenir car notre futur s’écrit aujourd’hui à la lumière de passé face auquel nous devons entretenir une sérénité.
Restant à votre disposition, pour tout autre besoin de données historiques, nous vous prions d’agréer, Madame le Député, nos salutations distinguées.

L’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion


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