Di sak na pou di

Lettre (ouverte) à Monsieur le Président du Conseil régional de La Réunion…

Témoignages.re / 29 avril 2011

Monsieur,
Lors du “point d’étape” que vous avez fait ce mercredi 27 avril devant la presse locale, vous n’avez pu vous empêcher de critiquer et vos prédécesseurs (ce qui ne me gêne pas) et, avez-vous cru devoir préciser, je vous cite, « leurs douze années d’immobilisme ».

Là, votre propos me choque. Je me sens insulté, blessé. A vous laisser dire, certains pourraient croire que de 1998 à 2010, en tant qu’élu de base au Conseil régional, comme mes autres collègues, j’ai touché des indemnités et roulé en voiture de fonction tout en ne fou…, tout en ne faisant rien.

Sachez Monsieur que, pendant ces douze années qui pour vous n’ont été qu’immobilisme, ce furent, pour moi et pour d’autres, plusieurs centaines de séances de Commission d’Appel d’Offres, au rythme de quasiment une chaque semaine, hors les temps de congé. Des heures entières à veiller non seulement à la régularité des choses, mais aussi, mais surtout à forger un autre état d’esprit chez tous ceux qui, par un souci sécuritaire facile et par la manie de vouloir accorder plus d’importance que cela peut avoir à la façon académique de rédiger un argumentaire technique, choisissaient d’écarter systématiquement des marchés publics les petites et moyennes entreprises locales. Ce fut, Monsieur, une politique volontariste d’allotissement qui permit aux PME de chez nous d’avoir, à côté des grosses entreprises, toutes leurs chances, dès lors qu’elles faisaient preuve de sérieux. Les représentants du BTP prirent une grande part dans ce vaste chantier dont nous sommes nombreux à être fiers. J’espère que Dominique Fournel, qui fut un élu d’opposition dont j’ai apprécié le travail en CAO à mes côtés, saura vous expliquer qu’il faut poursuivre dans cette voie. Et puis, demandez leur avis à des personnes telles que Jean-Bernard Caroupaye ou Laurent Boyer…
Ces douze années qui pour vous n’ont été qu’immobilisme, ce furent, Monsieur, des routes et des ponts, des lycées et des équipements sportifs, des plates-formes de développement économique, des structures d’observation et d’action. Ces douze années, Monsieur, ce furent des programmes dans l’accompagnement des aménagements urbains. Beaucoup ont été terminés, d’autres ont été lancés. Et il me plait de savoir, Monsieur, que vous avez décidé de poursuivre, par exemple, la Voie Régionale Vélo qui, demain, sera celle de tous les Réunionnais.

Je pourrais poursuivre encore, et même entrer dans le détail d’un travail qui fut celui de toute une équipe. Est-ce vraiment nécessaire ? L’opinion publique n’apprécie-t-elle pas tout ce que, sous la présidence de Paul Vergès, des Philippe Berne, Emmanuel Lemagnen, Marie-Pierre Hoarau, Rolland Hoareau, Raymond Mollard et d’autres collègues de la majorité et de l’opposition ont réalisé en collaboration avec les services ?

J’arrêterai ici. Mais auparavant, Monsieur, je voudrais que vous preniez connaissance de ce que m’écrivait Jean-Jacques Morel le 13 juillet 2002. C’était donc quatre ans après le début de ces douze années qui, à vous croire, n’ont été qu’immobilisme. Jean-Jacques venait d’être élu au Conseil général, à Saint-Denis. « Au moment où je m’en vais, m’écrit-il donc, je voulais t’adresser ce message. Ce premier mandat dans une assemblée locale (avant l’arrivée à la mairie du moins…), j’ai tenté de l’exercer avec conscience, régularité et assiduité. J’ai beaucoup appris, dans de bonnes conditions de travail, avec un président de Commission du Développement économique dont j’ai découvert le calme, la mesure et l’ouverture, notamment au dialogue. C’est la grandeur d’un homme politique (…) que d’être apprécié, y compris dans l’opposition. Il est vrai que nous sommes tous embarqués sur le même bateau ».

Tous sur le même bateau : ne l’oubliez jamais, Monsieur. N’oubliez pas non plus que, pour tenir, un pont a besoin que les piliers qui le supportent soient solidement ancrés. Sans porter de jugement sur la valeur des ingénieurs qui n’ont pas pensé, quand ils ont fait leurs calculs, qu’il se trouverait un jour un élément pour fragiliser la stabilité du lit de la Rivière Saint-Etienne, ce qui a provoqué le drame que nous avons tous encore en mémoire, permettez-moi de vous dire qu’il conviendrait de demander à ceux qui ont réalisé l’œuvre infographique qui vante votre projet de nouvelle route du Littoral de simuler ce qui se passerait si cela se mettait à bouger sous la mer. Dans 20 ans, mes petits-enfants et les vôtres seront tous sur le même bateau. Le 25 février 2007 et Gamède seront encore dans nos mémoires. Et alimenteront nos accusations.

Raymond Lauret


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