Di sak na pou di

Lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel

Témoignages.re / 29 janvier 2011

Monsieur le Ministre,

« Et alors ? Je suis blanc et, de toute façon, ici, c’est tous des nègres et toutes des p…, c’est comme cela qu’il faut faire », voilà comment un professeur de français en poste à l’Académie de La Réunion, au lourd passif judiciaire, s’est justifié lorsqu’il a été interpellé pour agressions sexuelles sur deux mineures à La Réunion.
Ce professeur a été condamné à cinq mois de prison avec sursis, une obligation de soins et 1.000 euros d’amende pour agressions sexuelles, mais rien à l’encontre de ses propos racistes, ni qui ne remette en cause sa capacité à enseigner.
Notre collectif s’est constitué en réaction directe à ces propos racistes. Nous avons alerté l’opinion publique, notamment les parents d’élèves, ainsi que les autorités compétentes sur le comportement délictueux de ce professeur, puis avons porté plainte le 21 juin dernier pour injures racistes.
Informé de ces faits dont il a mesuré toute la gravité, M. Patrick Karam, délégué interministériel pour l’Égalité des chances des Français d’Outre-mer, vous a également fait état du « comportement inacceptable » de ce professeur.
Le 8 juillet dernier, vous avez enclenché une procédure disciplinaire à l’encontre de ce professeur, qui « pourra, au vu des faits, aboutir à la révocation définitive », avez-vous alors précisé. Conformément à la procédure, vous avez saisi la Commission administrative paritaire académique pour avis.
Lors de votre visite dans notre île les 19 et 20 août derniers, vous avez eu l’occasion de nous confirmer qu’une procédure disciplinaire avait bien été engagée à l’encontre de ce professeur qui, selon vous, avait tenu des propos qui étaient « inacceptables ».
En date des 30 juin et 7 septembre derniers, l’ensemble des élus du Conseil général et du Conseil régional de La Réunion a exprimé son indignation vis-à-vis du comportement de ce professeur en adoptant les motions présentées par notre collectif demandant la révocation de ce professeur de l’Éducation nationale.
La députée réunionnaise Huguette Bello est intervenue le 3 novembre 2010 à l’Assemblée nationale afin d’alerter les ministres sur cette affaire. La ministre chargée de l’Outre-mer, Marie Luce Penchard, a déclaré, en réponse à l’intervention de la députée : « Ce professeur (…) ayant tenu des propos racistes lors de sa garde à vue à la suite de son interpellation pour agression sexuelle (…). Ce type de comportement n’est pas acceptable et n’a pas sa place au sein de l’Éducation nationale. C’est pourquoi l’administration défendra dans ce dossier la position la plus ferme ».

Réunie pour une deuxième fois le 9 décembre 2010, la Commission administrative paritaire académique rend un avis en faveur non pas de la révocation, mais d’une mutation en Métropole et d’une suspension de 2 ans de salaire pour ce professeur récidiviste.

Cela est juste insoutenable et nullement représentatif de l’attente des Réunionnaises et des Réunionnais, qui est de rétablir le respect et la dignité qui ont été bafoués par le prononcé de ces injures racistes.

Un individu qui insulte les Réunionnais insulte de la même manière l’ensemble des citoyens de la République. Un individu raciste à La Réunion l’est également n’importe où ailleurs.
Un responsable syndical a d’ailleurs publiquement exprimé son désaccord avec l’avis rendu par les syndicats qui composent cette commission.
A la suite de cet avis, le Conseil général et le Conseil régional ont de nouveau adopté, en décembre dernier, une nouvelle motion relative à cette affaire pour exprimer encore une fois leur volonté de voir cet individu révoqué de l’Éducation nationale.

A La Réunion, l’opinion publique, aussi bien par le biais des parents d’élèves, de notre collectif de citoyens que de leurs représentants élus légitimes, demande unanimement la révocation.

Le gouvernement a su montrer toute sa fermeté dans les “affaires” de racisme qui ont eu lieu dans l’Hexagone. Le Préfet Girot de Langlade a été sanctionné pénalement et mis à la retraite d’office pour avoir dit dans l’aéroport d’Orly : « On se croirait en Afrique ici ». Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a d’emblée déclaré qu’il ne saurait tolérer que de tels propos puissent être tenus sur le sol de la République. Il a lui-même été sanctionné pénalement pour propos racistes peu de temps après. La Réunion ne peut pas faire exception, le racisme doit y être condamné de la même façon qu’en France hexagonale.
En tant qu’autorité hiérarchique, c’est à vous qu’il revient, en dernier ressort, de révoquer ce professeur, qui jette un discrédit incontestable sur l’Éducation nationale et les valeurs républicaines dont elle est censée se faire l’écho.
Les Réunionnaises et les Réunionnais, qui ont toutes et tous été insultés par ces propos, attendent un geste, et surtout un message fort du gouvernement pour condamner le racisme. C’est pourquoi, nous vous renouvelons notre demande de révoquer cet individu de l’Éducation nationale.

Le collectif “Non au racisme et aux discriminations. Respekt anou !”


Assemblée plénière du Conseil régional du 14 décembre 2010 et du Conseil général du 15 décembre 2010

Motion relative à l’exclusion du professeur raciste de l’Éducation nationale

Considérant la gravité et le caractère inacceptable des propos racistes et des insultes proférés par un membre de l’Éducation nationale à l’encontre des Réunionnais ;

Considérant la motion demandant la révocation de ce professeur, présentée à l’Assemblée plénière du Conseil général du 16 juin 2010 ;

Considérant la procédure engagée par le ministre de l’Éducation nationale afin d’aboutir à la révocation de cet enseignant de l’Éducation nationale ;

Considérant l’avis récemment émis par la CAPA (Commission administrative paritaire académique) proposant des sanctions, mais refusant de se prononcer en faveur de la révocation ;

Considérant que le respect de la dignité humaine ne saurait être sacrifié sur l’autel d’une solidarité corporatiste ;

Considérant que l’Éducation nationale ne peut tolérer la présence en son sein d’un enseignement ouvertement raciste, que celui-ci est totalement disqualifié pour enseigner et transmettre des valeurs à des élèves et qu’il doit donc être mis hors d’état de nuire dans toute Académie de l’Éducation nationale ;

Considérant par ailleurs la sanction exemplaire qui avait été prise à l’encontre du Préfet Paul Girot de Langlade, qui a été radié en raison d’un comportement raciste ;

Les conseillers généraux/régionaux


- demandent au ministre de l’Éducation nationale de prendre en compte la position exprimée par l’ensemble des élus réunionnais et de prononcer l’exclusion définitive de ce professeur de l’Éducation nationale.


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